__L’ESPRIT DE L’HAMEÇON DE TÂFA’I__(1)

À la recherche de la grande terre maôhi(2)

Mon nom est Tera’ituatini et je sors du marae Vaeara’i à Havai’i. Depuis 80 générations, Tera’ituatini est porté par le premier-né de la branche aînée de ma lignée, une génération sur deux, comme le veut notre tradition familiale.

''« Havai’i, Havai’i e, e Havai’i e
Havai’i mai nei, Havai’i roa mai nei
Iho mai nei ’o Hava-i-’â, ’o Ha-vâ-i-’â
(…)
’O Havai’i te ’âi’a o te mau mâ’ohi
’O Havai’i te ’âi’a o te nûna’a mâ’ohi
No Havai’i te ta’ata i mâ’ohi ai.
I te maura’a mai ’o Havai’i
I fa’aro’ohia ai te parau o te mâ’ohi
I ’atutu ai te parau o te mâ’ohi
I ’itehia ai te parau o te mâ’ohi.
’Aore e mâ’ohi i râpae ’au ia Havai’i,
Savai’i, Avaiki, Hawaiki, Havai’i. »''(3)

Vahi Sylvia Tuheiava-Richaud

“Le temps où la tradition polynésienne était considérée comme un être terrassé, difforme, diminué et exsangue est révolu. Ceux qui de tout temps constatèrent l’agonie culturelle des peuples polynésiens n’avaient d’yeux que pour enregistrer et classer ce qui leur était donné de voir. Pourtant, comme d’autres, j’ai vu les paupières de la tradition tressaillir, je me suis penché, j’ai plongé mes yeux dans les siens et je l’ai vue revenir à la vie parce que j’y croyais. La tradition vit au creux de chacun d’entre nous. Pour qu’elle se manifeste, il suffit de la regarder dans les yeux et de l’aimer. Et pour qui veut la porter, panser son corps, et surtout connaître son nom, elle marchera de nouveau.”(4)

En 1992, alors que j’étais directeur du département des traditions du centre polynésien des sciences humaines, j’écrivais ceci(5):

« Demain, la tradition sera faite de ce que nous voudrons bien faire pour elle : en resserrer tous les liens pour qu’elle ne reforme plus qu’Un, qu’une seule entité, qu’un seul être ; ou continuer à tirer sur chaque fibre dans une course folle et désespérée vers la séparation des genres et des attributs et leur dispersion aux quatre coins de l’identité polynésienne. Il faut retrouver la cohérence du monde des anciens pour assurer la permanence de la tradition dans les mondes de demain.

Ce que je dis aujourd’hui, d’autres Océaniens l’ont dit en d’autres temps et d’une autre manière. Au cours d’un colloque sur le patrimoine culturel de la région du Pacifique qui se déroula sous l’égide de l’U.N.E.S.C.O. du 14 au 19 décembre 1980 à Papeete(6), Malama Meleisa, originaire des Samoa occidentales s’exprima en ces termes : « Notre culture est ce que nous pensons et faisons et, vue sous cet angle, c’est “quelque chose que nous pouvons manger” ! Notre culture est pour nous la possibilité d’être plus autonome que nous le sommes à présent ! C’est le fondement et la racine de notre vie. Ainsi, quand nous voulons préserver nos ressources historiques et protéger et développer notre culture vivante, nous ne pouvons pas nous approcher de la spécialisation. Nos centres culturels et nos musées devront rapprocher les aspects sociaux, économiques, technologiques, historiques de notre culture et les voir tressés comme les fibres d’une natte, pour former un ensemble. » (7)

Nul ne sait de quelle façon la force de son message retentit dans l’esprit des responsables polynésiens présents ce jour-là. (…) Il est vrai que les délégués tahitiens pouvaient difficilement prêter une oreille attentive à la déclaration du Samoan. Ils étaient déjà engagés dans la voie de la spécialisation (…) Malgré toute la bonne volonté du conseiller de gouvernement à la culture de l’époque, les structures et les moyens s’organisaient dans le sens d’une séparation des formes d’expression et de recherche culturelles(8) et, au sein même de celles-ci, dans la perspective fatale d’un cloisonnement des spécialités scientifiques.

Ainsi en fut-il du Centre polynésien des sciences humaines dit Te-ana-vaha-rau’ – « La caverne aux bouches multiples – en référence au fare aira’a upu – la maison des avaleurs d’incantations – de Ha’apape, au temps de l’enseignement de Hiro et de l’arrivée de ‘Oro à Tahiti »(9). Créé en 1980, le Centre se vit confier une compétence générale d’intervention dans tous les domaines touchant au patrimoine artistique, naturel, culturel et scientifique du Territoire. Malheureusement sa mission ambitieuse ne fut jamais remplie. Faute de n’avoir pas prévu de structure coordonnatrice dans son fonctionnement et d’y avoir préféré une organisation composée de trois départements autonomes au plan scientifique et dirigé chacun par un directeur technique », le Musée de Tahiti et des Îles, le Département d’archéologie et le Département des traditions n’ont jamais pu se concerter « pour concevoir une politique cohérente et homogène de préservation du patrimoine culturel polynésien. » Et la conséquence malheureuse de cette carence conduisit à la dissolution du Centre polynésien des sciences humaines. Le Musée de Tahiti et des Îles s’adjoignit le nom de Fare Ia manaha pour bien marquer sa fonction de dépositaire des trésors des dieux et devint un établissement public à part entière. Quant aux départements des traditions et d’archéologie, ils furent remisés comme de simples bureaux techniques au Service de la culture et du patrimoine – Pû nô te ta’ere e nô te faufa’a tumu.

Depuis, la natte que nous tentions de tresser est restée en l’état, délaissée et inachevée. Et le Musée de Tahiti et des Îles qui en constitue l’une des fibres principales n’a pas encore retrouvé toute la mémoire des lieux qui l’ont vu naître, ignore encore leur puissance, parce qu’il n’a pas reçu l’enseignement des paroles originelles de la terre – parau-tumu-fenua qui nourrissent la tradition polynésienne. Depuis sa création il y a 34 ans(10), il ne peut que se résoudre, comme une fatalité incontournable, à poursuivre l’unique alternative entreprise par ses pères fondateurs : conserver ce qui fut pour éviter qu’il ne disparaisse. Une alternative soutenue par cette bonne conscience de se conformer aux règles et aux dispositions de conservation que les droits français et européen issu du colonialisme– ou en réaction contre lui – ont imposées à notre pensée comme incontournable. Le Musée de Tahiti et des Îles est condamné ainsi à appliquer une conception qui, si nous ne réagissons pas, restera toujours éloignée de la vision que nous Polynésiens avons de notre culture et de notre histoire. Il est donc temps de rétablir la relation que nous avons toujours entretenue, et malgré tous les bouleversements que notre société a traversés, avec la terre et la parole qu’elle nous inspire. Il est temps de puiser au réservoir des noms que la tradition a retransmis depuis des générations par les hommes qui y sont nés et dont les noms ont été fixés à jamais sur la terre ancestrale de tous les Polynésiens : Havai’i!

''« Havai’i, Havai’i e, e Havai’i e
Eie mai nei ’o Havai’i, ’o Havai’i teie
Mai roto mai ia Ta’aroa
Te tupuna o te mau atua ato’a. »''(11)

Havai’i! Née de Ta’aroa, l’ancêtre de tous les dieux. Havai’i! Plus connue aujourd’hui sous le nom de Ra’i-âtea dans l’archipel de la Société. Havai’i fanaura’a fenua – lieu de naissance des terres –, le symbole du pays lointain d’où partirent nos ancêtres à la conquête du cœur du Pacifique. C’est de là qu’ils suivirent la route du soleil levant et c’est vers Havai’i que se tourne depuis l’esprit de nos défunts, en empruntant le Te rei a varua, la voie des âmes, la piste dorée que tracent sur l’océan les reflets des derniers rayons du soleil couchant. Havai’i! Là où tout a commencé. Là où, surgit du Po qui les a créés, ils ont lancé leurs grandes pirogues sur l’océan pour illuminer la Polynésie toute entière.

Havai’i! C’est à Havai’i que la première grande pirogue de Ta’aroa-nui-tahi-tumu arriva un matin du 4e siècle AD sur une plage inondée de soleil et dominée par des montagnes verdoyantes. C’était au temps des princes venus de la nuit, au temps des îles et des pierres de corail tirées de profondeurs de l’océan, au temps où la civilisation, qui allait des générations plus tard s’établir sous la grande « pyramide océanique polynésienne »(12), commençait à naître. Ta’aroa-nui-tumu-tahi posa son pied sur Havai’i et donna naissance à Vaeara’i – le pied du ciel – le marae fondamental, le premier marae de Havai’i sur lequel il consacra son fils Te-anuanua-e-tu-i-Vaeara’i(13).

Son arrière arrière petit-fils, Te-ra’i-ho’aho’a-ia-tane fut le premier grand chef consacré sur le marae Vaeara’i de Havai’i et fut ceint d’un double pouvoir politique et spirituel, celui de la ceinture rouge – te maro ‘ura – et celui de la ceinture blanche – te maro tea(14). C’est ainsi que fut établie la grande dynastie royale de Havai’i. Te ra’i-ho’aho’a-ia-Tane eut cinq fils qui étendirent leurs tentacules sur Vavau, ‘Uporu, Hitinui et Aimeho(15). Deux d’entre eux eurent un destin important pour tout ce qui va suivre : l’aîné, Te-tua-o-ma’o-pu-ma-hoata-i-Vaeara’i et le cadet, Tera’ituatini.

Te-tua-o-ma’o-pu-ma-hoata-i-vaeara’i, par amour pour la princesse héritière de Vavau, Tetuanui-reia-na-ahu-e-rua-o-Vaiôtaha, renonça au trône de Havai’i à la mort de son père et abdiqua en faveur de son frère cadet, Tera’ituatini. Avec l’approbation de sa famille et des hautes religieuses de l’île, il emporta à Vavau le maro tea et laissa le maro ‘ura à son frère(17). Il emmena aussi avec lui le ha’ai(18), le siège principal de Vaeara’i qui lui revenait de droit, appelé Maopu Maohoata(19) et fonda le marae royal de Faanui(20). À cette occasion, il prit le titre de Teriimarotea20. Il prendra par la suite une pierre de Vai-‘ôtaha pour fonder le marae Marotetini.

Tera’ituatini revêtit le maro ‘ura et prit le titre de Teri’i-vetea-o-Ta’aroa(21). Plus tard, la pierre de Tera’ituatini qui portait son nom fut transportée de Vaeara’i à la pointe Matahira-i-te-ra’i pour servir de fondation au marae Tini-rau-mata-te-papa-o-Feoro ou Feoro(22). Plus tard encore ce marae recevra aussi le nom de Vai-'ôtaha(23).

Vavau! Porapora i te fanau tahi, Porapora la première née de Havai’i(24). C’est de là que parti Te-one-ha’a-i-apapa-i-te-ra’i appelé aussi Te Fatu, un prince de Rotuma venu épouser la princesse Teura(25), pour établir des liens avec Rarotonga, Tâ-hiti, Te-ao-tea-roa et Hawai’i. Le marae fare-rua qui fut édifié en son honneur deviendra le berceau et le centre de l’Alliance amicale que Te Fatu et son fils Marotetini entreprendront de constituer(26). Plus tard, le centre de cette Alliance se déplacera à Havai’i.

Durant plusieurs générations, les nations polynésiennes se réunirent sur ce marae à la pointe Matahira-i-te-ra’i pour perpétuer l’Alliance amicale, te-ao-o-te-fa’a-tau-aroha qui réunissaient te-ao-uri – les pays sombres qui se trouvaient dans le soleil couchant – et te-ao-tea – les pays clairs qui baignaient dans le soleil levant. Tâ-hiti, Mo’orea, Huahine, Mai’ao, Tuha’a pae(27) faisaient partie des pays sombres. Pora Pora, Taha’a, Maupiti, Rarotonga, Rotuma, Te-ao-tea-roa faisaient partie des pays clairs(28). Et à chaque retrouvaille, les pirogues des délégations empruntaient Te-ava-mo’a, la passe sacrée qu’ils honoraient par des offrandes avant de se rendre au marae(29).

Jusqu’à ce jour fatidique du 18ème siècle. Les cérémonies religieuses étaient terminées. La fête battait son plein. Tous les invités festoyaient pour remercier les dieux de leur avoir permis de sceller une nouvelle fois l’alliance à Havai’i. Quand soudain un homme fit irruption parmi les convives et hurla que Pa’oa-tea, le conseiller des pays clairs. avait été tué non loin du marae de la main du chef Te-po-rou-a-ra’i-ari’i, Pa’oa-uri, le conseiller des pays sombres L’assemblée fut prise de stupeur, car ce meurtre signifiait qu’une faute terrible avait été commise et allait briser l’entente de toutes les nations polynésiennes qui s’était nouée depuis des générations. Un grand chef de te Ao-tea, nommé Te mauri-ari’i, tenta de lever l’affront en assommant Pa’oa-uri et en le laissant pour mort. Mais il était trop tard. Le sang avait coulé sur la terre sacrée de Havai’i. Pour éviter que ce meurtre n’oppose toutes les délégations au cours d’un affrontement qui n’aurait pas laissé de survivants, les pays clairs remirent leurs pirogues à la mer et partirent précipitamment par la passe Ava-rua, évitant de reprendre la passe sacrée Ava-mo’a qu’ils avaient empruntée à leur arrivée(30).

Cet événement entraîna la rupture de l’alliance et il s’ensuivit que les pirogues mâori(31) et mâoli(32)partirent de Havai’i pour ne plus revenir. C’est après leur départ que les prêtres des pays sombres émirent le double tapu et le âtea symbolisant la coupure avec ces pays éloignés(33). Et c’est depuis ce jour que le complexe religieux édifié autour de Va’earai et qui s’étendait depuis la pointe Matahira-i-te-ra’i jusqu’à la passe Ava-mo’a prit le nom de « Tapu-tapu-âtea »[(34) – coupé deux fois avec les pays clairs. Après la dispersion des pays sombres et des pays clairs, une alliance appelée Hau Pahu Nui, le gouvernement du grand tambour, fut conclue entre les royaumes de Tâ-hiti, Huahine, Taha’a, Ra’i-âtea et Maupiti(35). Et ce n’est que deux siècles plus tard que le marae Taputapu-â-tea sera reconstruit pour être dédié au culte du dieu ‘Oro.

Ce nouveau culte essaimera dans la région, et en particulier à Tâ-hiti. Les prêtres de ‘Oro, conduit par Tupua-nui-e-fa’aonoono vinrent à Tâ-hiti(36) pour y installer une pierre de Taputapu-â-tea sur un marae à Tâ-hiti. D’abord à Tautira sur le marae Te-ahu-o-rua-tama, puis à Ata-huru sur le marae du même nom à la pointe Nu’uroa où ils édifièrent le marae Vai-‘ôtaha, qui prendra aussi le nom de Taputapu-â-tea, à l’endroit même où est érigé le Musée de Tahiti et des Îles(37). L’histoire contemporaine ne dit pas si les fondateurs de ce musée avaient choisi en connaissance de cause ce lieu religieux ancestral pour l’édifier. Mais comment en aurait-il pu être autrement? Dans toute la Polynésie, les lieux consacrés au patrimoine culturel et spirituel se perpétuent par la seule vigilance des ancêtres qui continuent à inspirer à leurs enfants par les songes et les visions la conduite à tenir pour préserver l’équilibre du monde maôhi. Quoi qu’il en soit, en attribuant au Musée de Tahiti et des Îles les terres de Vaiparaoa, Manua et Faataufafao, les fondateurs avaient scellé son destin, et avec lui celui du Service de la culture et du patrimoine dont les missions sont communes : l’étude, la conservation, la mise en valeur et la diffusion du patrimoine culturel et naturel polynésien. De sorte que les agents qui y travaillent, tout comme les anciens, ne peuvent que rendre hommage à ce haut lieu et lui exprimer leur considération.

Car, pour qui veut bien ouvrir son cœur et désentraver les portes de sa connaissance, le Musée de Tahiti et des Iles – Te Fare Ia Manaha ne peut pas être qu’un musée, il perpétue les maisons dédiées aux objets de rituel des ancêtres et des dieux qui s’élevaient autrefois sous ses fondations. Implanté sur la péninsule Nu’uroa qui forme l’extrémité littorale de Hiti, la frontière première, dans la commune dénommée Puna’auia et située sur l’île de Tâ-hiti, il rappelle à ses usagers l’origine de ces lieux. Hiti se situe dans la mythique entité géographique et clanique du ari’i nui Pô-hue-tea de Puna-’aui-a qui prit le titre de Te-tua-nui-e-maru-ai-te-ra’i. Un espace qui s’étend depuis le sommet du mont ‘Oro-hêna jusqu’à Nu’uroa, en passant par la vallée Puna-ru’u. « Cette entité géographique et communautaire est intimement liée à l’histoire glorieuse et prestigieuse de l’ancienne communauté clanique, le va’a mata’eina’a de A-ta-huru qui regroupait autrefois Te-mano-tahi et Te-mano-rua, sous la tutelle de la Grande Chefferie ou va’a Hiva du clan des Te-’oro-pâ’a, plus anciennement dénommés Te-râa-â-pâ’a. »(38)

En outre, l’évocation de Hiti renvoie naturellement à l’île de Ta-hiti et à son rayonnement en tant que Frontière Première et référence pour le monde mâori connue aussi sous le nom de Hiti-tautau-roa. Car l’origine du concept et de l’appellation Tâ-hiti prend naissance là même, au sein de cette entité qui porte le nom de son illustre ancêtre fondateur Hiti-a-Hiti quand il débarqua au nord de la pointe Nu’uroa pour construire le marae Tâ-hiti(39). Plus tard les marae Tâ-hiti, Ra’itua, Ata-huru, Puna-‘aui-a, Vai-’ôtaha, Tapu-tapu-a-tea, et bien d’autres et la foule de noms qui les accompagnent viendront remplir Hiti.

Avant-hier soir, quand j’ai pénétré dans les salles de l’exposition pour laquelle nous sommes réunis aujourd’hui, j’ai encore une fois eu du mal à taire ce sentiment d’émotion partagé entre la compassion et la colère de percevoir l’espace d’incarcération dont les objets sont victimes, privés de parole et surtout dépossédés de leur identité. Mais j’y ai vu aussi un moment de soulagement, une possibilité pour eux d’atténuer leur condition de détention ici en Occident. Et je veux remercier Steven Hooper et ses partenaires d’avoir souhaité qu’ils se retrouvent en famille même pour un court laps de temps afin de mêler leurs mémoires et, pourquoi pas, rassembler leurs esprits pour nous aider à poursuivre notre quête.

Car comme je l’ai déjà dit, « l’objet est un être qui se pense dont l’existence est assurément déterminée par l’homme, à fortiori quand il y incorpore l’esprit de ses ancêtres. »(40)Et si n’importe quel objet se pense, autant qu’un enfant puisse être désiré par ses ancêtres et élevé par ses parents, il s’appelle, il porte un nom. Donner un nom et l’appeler par son nom, c’est cet usage que l’adhésion aux nouvelles religions nous a fait perdre et c’est ce qui nous reste à redécouvrir. L’important pour un musée polynésien aujourd’hui n’est pas tant les œuvres que nos ancêtres nous ont permis de préserver, mais de les appeler par leurs noms, de les saluer et de savoir leur rendre hommage. Récemment, un messager, initié à l’art de communiquer avec les esprits des défunts, m’a adressé une longue requête de Kapotai, ancêtre de Tamati Waka Nene de la tribu Ngapuhi de Te-ao-tea-roa dont je ne dévoilerai pas le contenu ici, mais qui fit cette remarque en lui demandant pourquoi je ne lui dis pas bonjour quand je viens visiter le musée d’Auckland où il est représenté.

Cette manifestation est destinée à nous rappeler encore une fois ce que j’ai déjà affirmé ici lors des rencontres inaugurales du Musée du quai Branly du 21 juin 2006. À savoir qu’« un objet n’appartient pas à un passé préhistorique mais à une communauté »(41)qui étend ses ramifications familiales dans tout le triangle polynésien et qui continue à entretenir des rapports affectifs et émotionnels avec lui, même s’ils ont deux cents ou trois cents d’âge comme Kapotai, fils de Maiao, fils de Warenga(42), fils de Tamatekapua(43), le chef de la grande pirogue Arawa qui quitta Havai’i, et plus précisément Tâ-hiti où elle fut construite au milieu du 14e siècle(44). Les images de nos ancêtres peuvent demeurer dans les musées, leur esprit est libre.

Oui! ce témoignage doit nous convaincre que pour nous les Polynésiens, ce qui importe ce n’est pas la matière, fut-elle la plus ornée et la plus soignée qui soit, mais l’esprit. À l’instar de nos ancêtres pour qui, l’esthétisme qui séduit l’homme occidental formé au Beau ou qui fascine autant les créateurs ne « découlait, non pas forcément d’une intention, mais d’une représentation ou de quelque chose à figurer, d’un pouvoir à installer à l’intérieur de l’objet Encore une fois, « il est donc important de distinguer l’objet en soi, sa matérialité, et ce qu’il représente, sa spiritualité »(45), si l’on veut être capable de repenser, en tant que Polynésiens, la fonction d’un musée en terre polynésienne.

Un autre messager, un Français celui-là, rêveur invétéré à qui nos ancêtres polynésiens ont décidé de délivrer des messages qui nous sont destinés, m’a retransmis un songe qu’il à fait il y une dizaine de jours. Dans ce songe, il me remettait un objet de rituel a priori totalement inconnu des muséologues : un hameçon de 50 cm de haut taillé dans une branche de corail et recouvert de nacre. Il s’inspire du crochet de Tâfa’i avec lequel Mâui pêcha, entre autres, l’île de Fakarava qui porte aussi le nom de Hawaiki(46). Cet hameçon n’est pas destiné à être retrouvé, mais à nous enseigner qu’aujourd’hui nous avons à nouveau la possibilité de faire évoluer notre civilisation selon nos valeurs traditionnelles.

C’est la vision qui m’anime à présent pour que les communautés polynésiennes puissent se réapproprier plus complètement leur patrimoine. Il ne s’agit pas de restitution de biens culturels, mais d’autre chose que l’Occident ne pourra jamais nous rendre parce qu’il ne l’a jamais possédé : le mana, le tapu et le pa’ari, tout ce qui constitue en définitive notre énergie vitale, notre être spirituel et notre connaissance des paroles de la terre. C’est cela que la terre de Hiti, qui porte à la fois le Musée de Tahiti et des Îles et le Service de la culture et du patrimoine peut nous offrir pour donner un nouveau sens à notre travail de muséologue, d’anthropologue ou d’archéologue. À la condition que nous sachions écouter les voix de nos ancêtres, communiquer avec les esprits des pierres qui parlent et communier avec les descendants de tous ceux qui sont partis de Havai’i et qui ne cessent depuis trente ans de revenir pour retrouver cet esprit polynésien que Peter Buck dit Te Rangi Hiroa pensait perdu lorsqu’il vint, au bord des larmes, visiter le marae Taputapu-â-tea en 1929(47).

Depuis une trentaine d’années, la Polynésie française est le théâtre de deux types de ballets étonnants mais imperceptibles pour la plupart d’entre nous. L’un, cantonné au Musée de Tahiti et des Îles et des collectionneurs privés, se joue dans des bureaux et sur le marché de l’art pour acquérir des pièces qui enrichissent constamment les collections du Pays. L’autre est en représentation sur un espace beaucoup plus large qui concerne tous les archipels polynésiens et permet aux acteurs culturels et spirituels d’échanger des généalogies, des danses, des usages culinaires, des plantes, des rituels oubliés et surtout des pierres. Pendant que les objets marqués du sceau de l’ethnographie se bousculent pour trouver une place dans la réserve de notre musée, des pierres, la plupart du temps jamais travaillées par la main de l’homme, sont posées sur les lieux ancestraux par les descendants actuels des premiers hommes qui les habitèrent puis les quittèrent pour coloniser toutes les îles du Pacifique.

Le retour de ces enfants prodigues a commencé en 1976 avec Hokulea, la pirogue hawaïenne qui fera une première tentative de renouer avec Havai’i. De tout temps, les Polynésiens sont revenus sur les lieux de leurs aïeux. Alors pourquoi le premier voyage de Hokulea fut-il si important ? Parce que, comme nous disons chez nous, « jusqu’à présent nous étions rentrés par les fenêtres comme des voleurs, mais pas par la porte ». Les terres sacrées et les marae ont tous une porte et un chemin pour y conduire, et quand on revient dans une île, c’est forcément par la mer et par la passe qui permet d’y accéder. La mémoire tahitienne entretenue par le Pupu Arioi s’était souvenue que la dernière pirogue qui quitta Taputapu-â-tea lors du conflit qui mit fin à l’alliance amicale fut Hotu Nui en laissant un tapu, un interdit derrière elle dans la passe sacrée, et que c’était à une pirogue hawaïenne de faire le retour par la même passe pour lever le tapu(48). Mais en 1976, Hokulea se trompa de passe. Il lui fallu attendre l’année 1985 – 10 ans plus tard – pour qu’elle réalise la prophétie. Quand elle s’apprêta à franchir la passe sacrée, un arc-en-ciel apparu, la pirogue glissa en son centre et se dirigea vers l’île, le gouvernail levé, comme si une force la poussait à se diriger elle-même. Quand elle sortit de l’arc-en-ciel, Hawaiki s’offrit à la vue de l’équipage(49).

Le tapu étant levé, il fallait à présent que les nouveaux représentants des pays sombres et des pays clairs acceptent de se réconcilier. Et le moment attendu arriva encore 10 ans plus tard, en 1995. Des légendes rapportées par les Mâori disaient clairement que le groupe qui avait été pris pour victime 600 ans plus tôt venait de Te-ao-tea-roa et que s'ils pardonnaient ce qui s'était produit, le tapu qui avait été posé sur Taputapu-â-tea pourrait à nouveau être levé. Des cérémonies préalables furent organisées pour lever ce tapu et enfin le samedi 18 mars 1995 à 8 heures, pour l'inauguration et la réouverture du marae Taputapu-â-tea, les pirogues s’engagèrent par la passe sacrée Te ava mo'a, en respectant l'ordre suivant du protocole:

Te Aurere de Te Aotearoa
Te Au o Tonga de Rarotonga
Takitumu de Rarotonga
Hawai'i Loa de Hawaii
Hokule'a de Hawaii
Makali'i de Hawaii
A'a Kahiki-Nui de Tâ-hiti
Tahiti Nui de Tâ-hiti

Avant d'atteindre la terre ferme, les équipages exécutèrent le rituel de Maro Tai: Chaque membre d'équipage déposa une petite pierre de corail rapportée de la lagune, en signe d’offrande de Ruahatu et Tane, les dieux de l'océan. Après avoir atteint la terre ferme, les équipages ont édifié un autel de pierres sacrées, Te Ahu Ti'araa Toa Mo'a qui est situé à mi-chemin entre la plage et grand marae Taputapu-â-tea. Au cours de cet arrêt, chaque délégation déposa sa pierre sacrée sur l'autel et poursuivit sa route vers le marae. Ces pierres marquent dorénavant le passage des pirogues à Taputapu-â-tea et contribuent à rétablir le grand marae de Taputapu-â-tea au centre du triangle polynésien comme lieu de rassemblement international des peuples du Grand Océan(50).

Hiti ne fut pas en reste. Entre-temps, en 1993, Takitumu, la pirogue de Rarotonga qui partit autrefois de Tâ-hiti, revint, guidée par Tom Davies pour déposer une pierre sur le marae que les descendants des Pô-hue-tea avaient édifié sur la terre Tetaitapu, à proximité du Musée de Tahiti et des Îles, pour tenter de s’opposer à la construction de l’hôtel Méridien(51). La même année, lors d’une rencontre des aînés spirituels des peuples autochtones qui s’est tenue sur le marae mMnu-ariki à Taumarunui à Te-ao-tea-roa, Tera’ituatini, accompagné du président de l’association Ia ora o Nu’uroa qui occupait le site se vit confier une pierre par une femme du nom de Parata qui la lui remit à la demande de ses ancêtres en lui précisant qu’elle appartenait à la tribu Ati Awa, du marae Whaka-rongo-tai qui se dresse à Waikanae dans l’île de Tapiti(52).

Plus tard, En 1997, Tera’ituatini sera de nouveau invité à se rendre sur le marae Manu-ariki pour guider une délégation tahitienne de l’association Te-niu-papa-maôhi invité à déposer une pierre sacrée afin de consacrer un nouveau centre spirituel dédié aux quatre vents et à tous les peuples autochtones. La pierre fut choisie par une dénommée Lorna Morohi(53) au pied de la montagne blanche, autre nom pour certains de la montagne ‘Oro-hêna en raison de la Beauté, de l’Harmonie, et la Paix primordiales qu’elle symbolise et qu’elle puise dans la divinité ’Oro. Lorna Morohi s’éteindra un an plus tard après avoir ce dernier acte dédié à l’unité des peuples autochtones(54).

Et en 2007, Kekuhi Kanahele fille de Pualani Kanaka’ole de Hilo à Hawaii est venue au Musée de Tahiti et des Îles, plus exactement sur la terre de Vaiparaoa pour retrouver la trace des origines de son peuple(55). Car c’est de là que leurs ancêtres sont partis, de la pointe Nukuroa sur leur grande pirogue Manua-tere, bien connue autant des Hawaiiens que des Mâori qui tire son nom de Manua, l’une des trois terres sur lesquelles est édifié le Musée de Tahiti et des Îles(56). Au cours de cette journée d’accueil et de rencontres spirituelles, une cérémonie spéciale fut organisée pour ouvrir Te-ara-o-tâ-hiti – le chemin de Tâ-hiti – connu par les Hawaiiens sous le nom de Ke-ala-o-Kâhiki. Et c’est Wilfred Tetuanui, descendant des grandes familles ari’i de Puna-’aui-a, qui a ouvert pour les temps à venir Te-ara-o-Tâ-hiti avant de rejoindre ses ancêtres illustres le 30 avril dernier. Aujourd’hui les portes du chemin tracé par Hiti sont ouvertes mais bien gardées par le guerrier Tuatau, le gardien ancestral de Hiti, depuis la montagne ‘oro-hêna, le plateau du Te-tâ-manu où est érigé son marae jusqu’à la zone littorale qui s’étend de la terre Tetaitapu à l’embouchure de la rivière Puna-ru’u(57).

Même si la vision de Malama Meleisa ne s’est pas encore réalisée en terre tahitienne, l’esprit de la natte est toujours parmi nous et nos ancêtres lointains ou proches guident nos pas, tracent nos routes, montrent les lieux pour qu’enfin tous les clans puissent se réunir à nouveau. Les portes de Te-ara-o-Tâ-hiti sont ouvertes. Bienvenue à tous! Hier, c’est la descendante de Pele qui est venue reconnaître et sentir la terre de ses ancêtres, demain une autre délégation viendra, cette fois-ci de Te-ao-tea-roa et il est prédit qu’elle viendra déposer une pierre sur le marae qu’ils connaissent sous le nom de Tâ-hiti-Rangi-Toa avant que le vent Mara’amu ne retombe(58). Qu’il soit ou non comme je le pense non loin du Musée de Tahiti et des Îles, sachons les accueillir pour se concerter afin de faire de nos musées océaniens des lieux que les Polynésiens pourront enfin se réapproprier pour réconcilier le passé et le présent en vue de construire un avenir qui suive les enseignements de nos ancêtres.

Avant que son esprit ne parte rejoindre la montagne blanche, Lorna Morohi n’avait de cesse de faire cette prière :

« O Tumu nui, je suis la respectueuse enfant de la montagne blanche. Donne-moi l’amour, donne-moi la vie, donne-moi la force, donne-moi la foi, donne-moi la lumière. O Tumu nui e, je t’en supplie, enlève cette souffrance. Mon corps et mon âme ont mal, trop mal de voir mon peuple s’éloigner de notre culture maôhi. »

Tumu nui a écouté ses prières. Il l’a libérée de ses souffrances un matin de l’année 1998. Mais son esprit veille, tel un oiseau survolant l’île de Tâ-hiti, et il dit ceci : « Il existe un lieu que Ta’aroa a préparé pour nous afin que nous puissions festoyer et entonner les chants de nos ancêtres. Cet endroit s’appelle La grande terre des Maôhi où nous pourrons nous asseoir et parler afin d’entretenir la mémoire de nos ancêtres au milieu des dieux de la terre, de la mer et du ciel et en présence de Ta’aroa. Alors nos peaux reflèterons la lumière de nos âmes et nous ressentirons une joie extrême. »

Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun

(Directeur du Musée de Tahiti et des Îles - Te Fare Manaha)

Puna’auia – juin 2008


(1) Personnage de la mythologie polynésienne à qui est attribué la découverte de Vaihi (Hawaii).

(2) NdA : Ce texte a été donné le 18 juin 2008 à l’occasion du symposium organisé au musée du Quai Branly à Paris les 17 et 18 juin 2008 autour du thème Exhibiting Polynesia : past, present and future.

(3) Vahi Sylvia Tuheiava-Richaud, « Parau ‘ômuara’a », préface de l’ouvrage de Jean-Marc Tera’ituaini Pambrun, La naissance de Havai’i, Papeete, Editions le Motu, 2006.

(4) L’esprit de la natte, p. 1, 1992. Ce texte a été présenté dans le cadre du IIIe Festival International de la Fête et de la Culture, créé par la Ville le de Valbonne-Sophia Antipolis, où s’est tenu du 5 au 9 février 1992 un colloque intitulé De la Tradition à la post-modernité. Rencontres autour de Jean Poirier, document multigraphié, archives de l’auteur.

(5) Idem, pp. 1-2.

(6) Organisée par l’Icom pour le compte de l’U.N.E.S.C.O., cette rencontre avait pour but de consulter plusieurs spécialistes sur les modalités à mettre en oeuvre afin de sauvegarder le patrimoine culturel de la région Pacifique.

(7) Malama Meleisa, « “La culture n’est pas quelque chose que l’on peut manger” : quelques réflexions sur les moyens de préserver la culture et son développement en Océanie », Museum, 1981, p. 123.

(8) Entre 1978 et 1981, quatre offices et établissements publics territoriaux dotés de l’autonomie morale et financière voient le jour : le Centre des métiers d’arts, l’Office territorial d’action culturelle, le Conservatoire artistique territorial et le Centre polynésien des sciences humaines.

(9) Cette histoire a été transmise à l’auteur par Danielle Carlson dit Dani. Les références à cette école de Ha'apape et aux évènements qui situent son origine et son développement sont relatés dans Teuira Henry, Tahiti aux temps anciens, Publications de la société des océanistes n° 1, Musée de l’Homme, Paris, 2000, le district de Ha'apape, pp. 551-556 la légende de Hiro, pp. 136-138 l’arrivée de Oro à Tahiti ; Cf. aussi Te Arapo (Archives du Département des traditions, cassette B, face B) in : Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, L’allégorie de la natte ou le tahu’a-parau-tumu-fenua dans son temps, Papeete, éd. Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, ouvrage bilingue tahitien-français, 1993, p. 26.

(10) Le Musée de Tahiti et des Iles fut officiellement créé le 7 mars 1974 par délibération de l'Assemblée Territoriale en tant qu'établissement public territorial. L'ouverture au public des trois premières salles d'exposition permanente interviendra le 30 mai 1977 et dans sa totalité, le 30 juin 1979.

(11) Vahi Sylvia Tuheiava-Richaud, Op. cit., p.

(12) L’expression est de Aimeho Charousset (Aimeho a Ra’a Ari’iotima), intermittent culturel à la Mairie de Faa’a.

(13) Mai-Arii, Généalogies commentées des arii des îles de la Société, Société des études océaniennes, Papeete, 1991, p. 4.

(14) Idem, p. 5.

(15) Id., pp. 5-6. Vavau est l’ancien nom de Pora Po....

(16) id, p. 7.

(17) Ibidem.

(18) Princesse Takau Pomare, Mémoires de Marau Taaroa, Publication de la Société des Océaniste, n° 27, Musée de l’Homme, Paris, 1971, p. 51. (C’est Marau Ta’aroa qui révèle le nom du ha’ai de Te-tua-o-ma’o-pu-ma-hoata-i-vaeara’i).

(19) Idem. D’après Mai-arii, ce marae sera « également appelé Vai-‘ôtaha en souvenir du premier marae royal de l’ancêtre Firiamata-o-Vavau », Mai-arii, Op. cit., p. 8. Cf. aussi Porapora i te fanau tahi – Mille ans de mémoire, Cahiers du patrimoine, Musée de Tahiti et des Îles, n° 2, Papeete, 2001, pp. 21-22. Ces deux documents corroborent l’information selon laquelle Firiamata-o-Vavau est né de ‘Ôfa’i Honu (la pierre tortue) et Hohoi-ra’i (la paroi de la montagne Te-tara-o-Pai’a), ce qui fait de lui l’ancêtre fondateur de Vavau.

(20) Mai-Arii, Ibidem. Marau Ta’aroa dit que c’est Tera’ituatini qui prit le titre de Teriimarotea (Peut-être s’agit-il d’une erreur puisqu’elle précise qu’il « ceignit le maro ura ». Marau Ta’aroa, Op. cit., p. 51)

(21) D’après les propos de la mère de Marau Ta’aroa recueillis par Handy, il s’appelait aussi turi-teri’i-tino-ruai-havai’i ou te-ra’i-vetea. (E.S.C. Handy, 1927: Polynesia religion, Bernice Puahi Bishop Museum, n°34, Honolulu.)

(22) Ce nom de Tinirau hui mata te papa o feoro a été donné à ce marae, en mémoire des huit chefs ayant régné sur l’île de Raiâtea (transmis en 1887 par Tuapaia de motu-tapu, Teuira Henry, Op. cit. p.127)

(23) Feoro prendra le nom de Vai-‘ôtaha, quand il sera dédié au dieu Oro, ainsi que tous les marae qui seront consacrés à son culte. Vai-‘ôtaha (l’eau de la frégate) renvoie au symbole de la frégate, le ‘ôtaha, considéré comme l’ombre de Oro. (Teuira Henry, Op. cit., pp. 127-128). D’après Douglas Olliver, le marae de vai-‘ôtaha aurait été construit sur la pointe de Matahira-i-te-ra’i par le grand-père de Hiro. (Ancient tahitian society, volume II, social relations, Australian national university press, Canberra, 1974, p. 662.)

(24) Teuira Henry, Op. cit., p. 480.

(25) Idem, p. 129.

(26) Id., pp. 110-111.

(27) Les îles Australes.

(28) Id., pp. 129-130.

(29) Id., p. 131.

(30) Id., p. 133.

(31) Nom servant à désigner les autochtones de la Nouvelle-Zélande.

(32) Nom servant à désigner les autochtones des îles Hawaii.

(33) Paul Niva, « tapu-tapu-a-tea » selon Tuihana. Multigr., Punaauia, septembre 2006, p. 14.

(34) Ibidem.

(35) Teuira Henry, Op. cit., p. 135.

(36) Idem, p. 137.

(37) Aurora Natua, Te marae rahi i Atahuru, Editions Haere Po no Tahiti, Papeete, 1992, pp. 1 et suivantes.

(38) Vairea Teissier, Hiti la frontière première, multigr., Punaauia, juin 2008, p. 1.

(39) Anne Lavondès, Note sur l’histoire de Punaauia, 9 décembre 1982, 8 p., multigr., Archives du Musée de Tahiti et des îles. À ce propos, Vairea Teissier précise que « Tâ-hiti se situe à la pointe Puna-’aui-a ou Hiti, appellation originelle de la terre Tâ-hiti. Les traditions orales parlent de marae Tâ-hiti souvent confondu avec le marae de Te Ara o Tâ-hiti » (Vairea Teissier, Op. cit., p.16)

(40) No hea mai matou – Destins d’objets polynésiens, Musée de Tahiti et des Îles, Papeete, 2007, p. 3.

(41) Le Dialogue des cultures. Actes des rencontres inaugurales du musée du quai Branly (21 juin 2006), Babel, Paris, 2007, p. 100.

(42) Edward Shortland, M.A., M.R.C.P., Maori Religion And Mythology, London : Longsman, Green, And Co.,1882, p. 85.

(43) Tamatekapua était le fils de Houmaitawhiti, un de six fils de Atuamatua.

(44) L’information selon laquelle la pirogue Arawa aurait transité par Tâ-hiti de Havai’i avant de se rendre à Rarotonga puis en Nouvelle-Zélande est rapportée par différentes sources, dont James Cowan (Legends of the Maori, Vol 1, Wellington: Fine Arts Ltd, 1930., p. 26), ou Karen Marguerite Molon, qui écrit ceci : « Te Arawa, or "The Shark," is the name of the sailing canoe which, roughly six hundred years ago, carried from Tahiti to New Zealand the ancestors of the Rotorua tribes named after her. », in : « A Bread-and-Butter Note », Sunstone magazine, issue 63, Salt lake city, janvier 1988, p. 26.

(45) Le Dialogue des cultures, Op. cit., p. 121.

(46) « Tahiti was called Tahiti-nui, but first Havaiki by mistake, for our ancestor Maui, who was of Paumotu, fished it up from the darkness of the deep ocean with the kanehu, fish-hook which belonged to Tafai. The name of the hook was Marotake. » in : J. L. Young , The origin of the name Tahiti: as related by Marerenui, a native of Faaiti Island, Paumotu Group, Journal of Polynesian Society, Volume 7, No. 2, June 1898, p 109-110.

(47) « I had made my pilgrimage to Taputapu-atea, but the dead could not speak to me. It was sad to the verge of tears. I felt a profound regret, a regret for-I knew not what. Was it for the beating of the temple drums or the shouting of the populace as the king was raised on high? Was it for the human sacrifices of olden times? It was for none of these individually but for something at the back of them all, some living spirit and divine courage that existed in ancient times and of which Taputapu-atea was a mute symbol. It was something that we Polynesians have lost and cannot find, something that we yearn for and cannot recreate. The background in which that spirit was engendered has changed beyond recovery. The bleak wind of oblivion had swept over Opoa. » Peter H. Buck (Te Rangi Hiroa). Vikings of the Sunrise, Frederick A. Stokes Company, New-York, 1938, pp. 81-82.

(48) Pupu Arioi. Letter to the Polynesian Voyaging Society, 1985.

(49) Herb Kawainui Kane, The Seekers. A Story of Hokule'a's 1985 Visit to Taputapuatea, http://pvs.kcc.hawaii.edu/seekers.html.

(50) Les événements liés à cette rencontre en 1995 sont narrés dans l’article publié sur le site de la Polynesian Voyaging Society http://pvs.kcc.hawaii.edu/Ohana3-7.html, sous le titre : « Spring 1995 : Na 'Ohana Holo Moana_Ceremonies at Taputapuatea, Ra'iatea (Mar. 7-29) ».

(51) Témoignage rapporté par l’auteur.

(52) Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, La fondation du marae – La légende du scolopendre de la Mer sacrée, Edition de l’auteur, Papeete, 1998, P. 29.

(53) Co-fondatrice avec son mari, Jacques Morohi, de l’association culturelle Te Niu Papa Maôhi.

(54) L’histoire évoquée dans ce paragraphe est racontée plus longuement dans une nouvelle de l’auteur : « La Pierre de la montagne blanche », in : Huna – Secrets de Famille, Ibis Rouge Editions, Matoury, 2004, pp. 89-103.

(55) Kekuhi Kanahele conduisait le groupe hawaiien Unukupukupu du Hawai’i Community College de Hilo. La rencontre culturelle entre cette délégation, le Service de la culture et le Musée de Tahiti et des Îles a été organisée et coordonnée par Vairea Teissier.

(56) Informations recueillies auprès de Vairea Teissier, au cours d’entretiens menés durant la semaine du 9 au 13 juin 2008.

(57) Les divers éléments apportés dans ce paragraphe sont tirées du manuscrit de Vairea Teissier (Op. cit., p. 8 (Tuatau), p. 13 (Te-ara-o-Tâ-hiti), p. 18 (Wilfred Tetuanui).

(58) Information transmise par des messagers anonymes de la commune de Faa’a dans l’île de Tâ-hiti.