Tahu’a, Tohunga, Kahuna (de Simone Grand)
Par Stéphanie Ariirau le lundi 21 avril 2008, 21:50 - L'atoll - Lien permanent
Ce livre est une biopsie du pô : Un voyage dans le pô qui nous ouvre les yeux sur nous-mêmes (Polynésiens). Il se conclue sur deux faits divers qui nous mènent dans un cul-de-sac, (le dernier est difficile à suivre). L’objectif de l’auteur est de comparer le traitement de la médecine traditionnelle à la médecine officielle, mais comme l’indique le titre de l’ouvrage, cette étude comparative approche les façons dont les médecines traditionnelles sont considérées dans les autres zones pacifiques que la nôtre (Hawai’i, NZ,…) et même au-delà (Alaska).
- LES MOTS
A médecine officielle, il faut guérir des maladies « officielles », à
médecine traditionnelle, la maladie est analysée autrement, et se retournent
celles et ceux vers les Tahu’a (dont certains sont répertoriés par la DRCL et
la CPSH.)qui sont « malades autrement »
Il faut considérer plusieurs guérisseurs de la médecine traditionnelle,
comme dans la médecine officielle où nous avons des spécialistes. Selon les
maladies, les soignants sont herboristes (qui rencontrent des difficultés à
conserver certaines plantes sans qu’elles ne soient aliénées par les pollutions
ou engrais), masseurs…
Le Tahu’a, lui, « n’utilise aucun remède, entre en contact avec les
esprits des défunts ou les divinités. » Selon Tihoni Brotherson on
peut « devenir sorcier, sans école, sans initiation mais par
l’intermédiaire de 4 rêves différents » En contrepartie du pouvoir
« Le sorcier choisit comme victime celui qui marche sur ses pieds
».
Etre Tahu’a n’est pas un choix, c’est un destin régulé par le rêve, entité
puissante et déterminante, que je perçois comme un « vase
communiquant » avec l’autre monde, l’inaccessible « nôtre »
dominé par l’ancestral.
S’il vous semble, ici, transgresser la frontière du rationnel, sachez que
d’après cet ouvrage, il est un « tahu’a » local
régulièrement consulté par de grandes personnalités politiques de notre
île.
L’auteur Simone Grand, en tant qu’observatrice et même en tant que
« patiente» (en 1991), cite de nombreux exemples où des guérisseurs ont
enlevé le mal (physique ou mental) quand la médecine officielle demeure
inefficace. Mais je ne peux pas tout dévoiler, je vous invite à lire
l’ouvrage.
Simone Grand nous ouvre la porte d’un monde marginalisé, avec les mots de la
langue natale. Elle le referme sur deux faits divers, clash entre atavisme
local et Justice occidentale.
Une approche sémiologique, qui nous permet de comprendre le système de
pensée des médecins traditionnels. Exemples.
TIURAI le guérisseur, (1835-1918), distinguait et soignait 4 types de
maladies (Selon Orsmond Walker):
• Ma’i tino : maladie du corps • Ma’i mana’o :
maladie de la pensée, de l’idée • Ma’i varua : maladie de
l’esprit (d’un défunt) • Ma’i vaite : maladie de l’âme
« La maladie est un élément extérieur qui est devenu la possession de
quelqu’un » : Ua pohehia vau i te ma’i, la maladie est un
« un non moi »
Pour les maladies spontanées, inexpliquées, inattendues, il y a
la…
Ma’i tapiri/ maladie surnaturelle
Ua totoahia’oe : quelqu’un t’a joué un mauvais tour, t’a
sabotée, jetée un sort.
Ua fa’aarahia to te pô, na te ho’e vahine pohehae/ Une femme
jalouse a réveillé quelqu’un dans la nuit. Bien souvent ces maladies sont
déclenchées par la convoitise, la jalousie, le ressentiment et la rancune,
te nounou, te pohe hae, te ‘ino’ino e te tapa’opa’o d’une personne de
l’entourage familial, social ou professionnel, ou même, des propres sentiments
du malade.
« Pour être efficace, le soignant doit être ‘ana’anatae,
motivé. » Ce même mot signifie en hawaiien « lumière »
connotation positive de la sorcellerie, « étincelle ».
« Les vivants peuvent réveiller les esprits, fa’a ara to te
pô, pour nuire à ceux qui sont désignés ; activité dangereuse car si
la personne est protégée par ses propres tupuna, les « réveillés »
ont été dérangés pour rien et se retournent contre ceux qui les ont dérangés
pendant leur sommeil, jusqu’à ce que la faim soit apaisée.
« e’amu’ratou » »
Feia tahutahu (attiseurs) : communiquant avec les esprits
familiers.
La contre sorcellerie aurait été le travail d’un fa’atere
« celui qui fait bouger ou glisser » qui retourne le sort.
Utu’a : la malédiction transgénérationnelle, quand un tapu
ancestral a été transgressé.
* Le 4ème REGARD de Simone Grand,
Polynésienne :
« Je considère ma réalité comme une et indivisible, née d’une addition
de rencontres et non d’un morcellement. Comme des roches sédimentaires
superposées, dont chaque élément est clairement identifiable, peuvent être
transformées lors de phénomènes tectoniques d’importance en une roche
métamorphique complètement autre, totalement différente mais ayant gardé le
souvenir de ses origines recomposées, avec parfois la trace d’un fossile, il en
est ainsi du métis. »
Ce 4ème regard, regard métis (je rajoute qu’en grec, Métis = sage)
est défini d’entrée de texte. L’auteur cite ainsi Melanie Anae qui considère 3
regards :
- Celui de l’INSIDER- intégré dans le groupe, sorte de « pièce
rapportée » dont la difficulté est qu’à un moment ou à un autre, cet
observateur se voit plus ou moins contraint de prendre part à l’une ou l’autre
tendance de ce groupe, que ce soit les dominateurs ou les dominés du groupe,
l’insider a « une dette » de reconnaissance envers le groupe qui l’a
accueilli.
- de l’OUTSIDER, dont le regard extérieur n’est pas toujours garant
d’authenticité (exotisme)
- celui du Native ne l’est pas pour autant : discourir sur soi même est
une démarche difficile, pouvoir observer sans « bousculer toute une
tradition d’habituel silence, d’habituelle soumission aux jugements d’illustres
devanciers »
Le 4ème regard est un regard audacieux qui doit reconnaître les souffrances
ancestrales et accepter sa propre entité telle quelle, sans jugements de
valeurs.
D’où, ce terme de « biopsie du pô » que j’ai utilisé plus haut :
l’auteur est sans conteste, universitaire, chercheur, intellectuelle, qui
n’hésite pas à faire référence à Freud (Totem et Tabou) dont
l’approche mécanique du rêve peut-être bousculé par la conception polynésienne
du rêve, marqueur du destin ou transitoire de l’autre monde.
Simone Grand pénètre un monde « underground » de notre société,
mis à part, interprétation sans aucun jugement de valeur, que de l’observation
et du constat : Elle prend contact avec les guérisseurs, teste elle-même
les massages et soins, parfois, les interroge, et expose leurs sentiments, la
façon dont ils sont considérés, leurs places dans notre société. Les
guérisseurs « douteux » sont vite repérés. Les autres nous inspirent
beaucoup de respect.
Simone Grand insiste sur « Métisse je le suis et je ne vois pas
pourquoi je renoncerais à une parcelle de patchwork pour me conformer au goût
du jour qui rejette les origines européennes après avoir rejeté les
tahitiennes » *
« J’ai compris très tôt que les principaux obstacles à l’épanouissement de
la population autochtone résidaient dans les préjugés racistes du
colonialisme »
Simone Grand percevra la médecine traditionnelle comme un refuge pour une
population ayant subi un traumatisme passé. La médecine traditionnelle est
impalpable à l’occidental (d’où l’importance de la langue de
prédilection : le tahitien) Elle ne peut être reconnue que dans le
contexte du dialogue. Un dialogue qui existe dans certains pays limitrophes au
nôtre.
- Les Autres.
Comme pour bien des domaines, il nous faut partir ailleurs pour mieux
comprendre la situation locale.
En Alaska, 2 guérisseurs indiens sont salariés du gouvernement.
La Pridoc Pacific Region Indigenous Doctor’s Congress réunit et partage les
connaissances sur les peuples indigènes.
A Hawai’i, on insiste sur la reconquête de l’estime de soi en passant par
l’amour du divin, « une adaptation des soins traditionnels à de nouveaux
besoins de la population hawaiienne » selon l’auteur.
En 1977, une Résolution de l’OMS promouvant la recherche sur les systèmes de
soins traditionnels.
1987 le département de la Santé (NZ) développe l’interaction avec les
praticiens maoris traditionnels ;
1992, création du Comité national de soignants traditionnels
maoris.
Ect.
Enfin, tout se rapporte à la Culture, notre fibre tisseuse. Simone Grand
analyse les répercussions de la religion, autant que de la colonisation, sur
l’étouffement apparent de la médecine traditionnelle. Elle définit ainsi 5
thèmes culturels de la Santé:
1. avoir un lien spirituel avec le lieu ancestral 2. relier le passé,
présent et futur 3. tester en intention et compréhension 4. s’ouvrir au flux
d’énergie et l’utiliser 5. sentir la terre ancestrale comme un refuge
La terre est Culture pour le Polynésien
Après avoir éparpillé ainsi des morceaux du puzzle de « Tahu’a » de Simone Grand, constatons que si l’on craint tant une dissémination de la culture polynésienne, cet ouvrage contemporain- parmi d’autres, comme ce dernier sorti sur le Va’a- qui répertorie, analyse, raconte et observe, contribue à conserver un extrait de la mémoire ma’ohi, embrassée aujourd’hui par les métissages polynésiens.__
Commentaires
'Ia ora na Stéphanie
Très bel ouvrage que ce " Tahu'a " . Nous avons l'occasion d'en discuter avec Simone à Vaima et au salon du livre à Paris et cela n'a pas été facile pour elle de récolter ces secrets à certains " tahu'a " . Mais quelles richesses rassemblées dans ce livre sur la médecine traditionnelle et la culture polynésienne .
Quand à Jean Marc : il m'avait confié depuis un petit moment une production du Musée de Tahiti sur les va'a . Maintenant que cet ouvrage est sorti , j'avais demandé à des amis tahitiens de me le procurer avec une dédicace chez Odyssey mais à ce jour j'attends ? Passionné de va'a motu ou va'a täi'e je suis avide de le lire .
A fa'a'oroma'i !
Te aroha 'ia rahi
Ia or na Ariirau,
merci pour cette presentation du livre de Simone, excellent ouvrage!! tres tres interressant.....les temoignages sont riches, et les analyses aussi....
As tu lu l'ouvrage de Vonnick Bodin? Tahiti , la langue et la société?
Ce livre merite d'etre mieux connu....
Ia ora na Able & ...Poreho...,
Oui, c'est un très bon ouvrage, le recueil d'une enquête assidue qui doit ouvrir la porte à de nouvelles réflexions. Dommage qu'en matière de médecine traditionnelle, il n'y ait pas plus de recherche.
J'apprécie ce '4ème' regard de Simone Grand, j'aurais préféré que les faits divers soient en 1ère partie du livre, mais ce n'est qu'un détail.
"la langue et la société": j'y cours! il est bien disponible en ce moment dans les librairies? ... à ce sujet, "la langue" est discoursée et analysée par Barthes, Derrida ("Les yeux de la langue"), Saussure, etc. Le sujet coule à flots.
La langue, ou plutôt les mots, pèsent lourds en politique notamment: d'où cette évolution sémantique de certains partis ou l'exploitation de mot (comme le mot "paix") à forte connotation religieuse dans une société hautement croyante.
Il existe deux langues: celle de la parole et celle de l'écriture. Ces deux langues peuvent blesser, toucher et adoucir.
Mais la langue qui sert à marquer un territoire n'existe pas: une langue unit les hommes, pas leur terre. La langue relève la question de la traduction. Toute traduction est une trahison... bref, j'ai hâte de lire Bodin pour savoir exactement quelle papille gustative touche son texte.
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n'hesitez pas a vous equiper d'un lexique wow, j'ai du maal � comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce billlet int�ressant ! c'ets toujours sympathique de paqser sur ce blog :)
oui, tout se consume sous l'impulsion d'actions incontrôlés, indicernables, lourdes d'ambiguitées que jamais il conviendra d'en comprendre la raison, pourquoi, qu'est ce qui est au fondement de cette attitude parasite, sans retour, sans cette réelle cohésion entre nous et le reste naturel. Il me semble pourtant entrevoir une espèce nouvelle d'humanité qui aux comportements d'inquisiteurs affamés oppose la bienséance d'une attitude posée, calmée, ouverte et profondément respectueuse des règles naturelles. Et n'as tu pas remarqué jusqu'à quel point nous puissions nous sentir totalement libre lorsque pullule en notre âme tous les dialectes d'une nature retrouvée. Lorsque posé sur le socle mon essence transfiguré acte en tous les sens que ordonne mère naturelle, plus noble, plus proche de moi que je ne le suis de moi même, là, posé sur un soupir débute la claire saisie. Et n'as tu pas observé jusque comment se tordent d'incohérences et de mépris toutes essences en désaccord avec mère nature et en cohésion réciproque au chevet maternel de paradoxale capitalistes.
un jour je poserai mes pieds difformes sur cette scène collective où le mot d'ordre reste l'échange, le langage, la communication sous toute ces cordes expressives, cette attache perpétuelle, perpétuité nécessaire à l'existence, vivre en prolongement de l'autre, par interposition, par ricoché, par transhumance, par obligation et ils en passent... Oui une heure viendra éclaircir mon regard de toutes possibilités d'échanges avec l'autre, mon frère, ma fin, ma suite... Pourrai je espérer unité d'entre cacophonies, pourrai je confondre dans cette existence précédant mon essence le reflet d'un moi disproportionné, alerte aux contingences forcé d'une coexistence en continue. M'entends tu, ami d'un souffle, humaine correspondance alternée, veux tu respirer avec moi tout de cette danse mélodieuse, veux tu poser un court instant cette montagne que pavane ton désire, ta finalité.
f�licitation pour ce topic
merci :)
ca c vrai!! merci :)
ca c vrai!! merci :)
ca c vrai!! merci :)
topic t�s russi je vous en f�licite
merci pour ce topic, mais faut que les mentalites change!
Un blog est un journal personnel en effet mais surtout un lieu dechange et de partage d idees (tout comme je fais actuellement sur le sujet) Bref, Merci pour les tuyaux, cest tres enrichissant.