Francis Puara Cowan – Le maître de la pirogue polynésienne – Tahua va’a, Éditions le motu, Pape'ete, 2007.

Une autobiographie recueillie par Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun

Préface d’Olivier de Kersauzon

4ème de couverture :

Qui est Francis Puara Cowan ? Sans doute l’une des figures de la navigation polynésienne à l’ancienne du XXe siècle les moins connues du grand public, mais la plus extraordinaire.

En 1947, il a le privilège de côtoyer l’équipage du Kon Tiki à Tahiti et se lie d’amitié avec Hermann Watzinger, le second de Thor Heyerdhal. Il n’a que vingt ans et n’a plus qu’un seul but : réaliser un exploit similaire et tenter de retrouver les voies migratoires de ses ancêtres.

En 1956, Eric de Bisschop lui en donne l’occasion. Il confie à Francis Cowan la construction du radeau Tahiti Nui, l’embarque dans l’aventure comme commandant en second pour accomplir un périple vers l’est de près de sept mois qui s’achèvera au large des côtes chiliennes.

Durant les trente ans qui suivront, cet autodidacte de la navigation expérimente les gréements traditionnels polynésiens les plus divers, construit plusieurs pirogues à voile en s’inspirant des techniques anciennes.

Et en 1981, il entreprend pendant quatre ans, avec l’aide de son gendre Matahi Brightwell, de construire Havaiki Nui, une grande pirogue double entièrement faite à la main, avec laquelle il ralliera sans aucun instrument de navigation Tahiti à la Nouvelle-Zélande au terme d’un voyage de 71 jours.

Âgé aujourd’hui de 81 ans, il veut achever la construction de sa nouvelle pirogue double, Hawaiki Nui II. Objectif : faire l’aller-retour entre Tahiti et le Chili, et repartir vers l’ouest en direction de la Nouvelle-Zélande. Un parcours de 7500 milles.

Olivier de Kersauzon, qui éprouve une véritable fascination pour ce personnage hors du commun, se demande encore : « Qu’est-ce que les dieux de la mer polynésiens ont soufflé à l’oreille de Francis Cowan ? »

Extrait :

En fait, celle qui m’a peut-être indirectement incité à naviguer, c’est ma mère, Hermance Céran-Jérusalemy. Elle s’intéressait aux gens de la mer et lisait beaucoup d’ouvrages sur les navigateurs. Et moi j’en profitais ! C’est elle qui m’a transmis le virus. Comme elle, je lisais beaucoup et j’étais passionné par les récits des grands navigateurs. Quand je repense à cette période, je ne peux pas m’empêcher d’évoquer un trait de caractèretout à fait extraordinairechez ma mère. Elle avait appris la langue anglaise sans quitter la Polynésie. Elle parlait, lisait et écrivait parfaitement cette langue. J’étais toujours étonné de l’aisance avec laquelle elle parlait l’anglais, elle qui n’avait jamais mis les pieds à l’étranger. Du coup, avant l’âge de 20 ans, j’avais lu tous les classiques sur le sujet : les grands découvreurs bien sûr, comme Samuel Wallis, Louis- Antoine de Bougainville, James Cook, mais aussi Joshua Slocum, Harry Pidgeon, Henri de Monfreid, Eric de Bisschop ou Alain Gerbault, que j’avais connu étant gosse parce qu’il jouait au tennis avec André, mon frère aîné. Mais curieusement, ceux qui m’ont le plus inspiré ce sont Henri de Monfreid et Eric de Bisschop. Henri de Monfreid était un peu contrebandier et les aventures extraordinaires qu’il avait vécues en Mer Rouge me fascinaient. Par la suite, j’ai lu Eric de Bisschop, dont les périples sur des jonques chinoises, tout comme le récit de Tatibouët, son compagnon de voyage, dataient d’avant-guerre. Mais j’étais surtout habité par les récits d’Henri de Monfreid. Sans me douter qu’un jour, je tomberais sur Eric de Bisschop à Pape’ete. Mon rêve, c’était de voir ce qui se passe lorsqu’on se trouve sur un quatre-mâts autour du Cap Horn en pleine tempête. Je rêvais de ça. Je voulais voir une tempête. Eh bien, j’ai été servi sur le Tahiti Nui ! Et depuis je pense toujours aux gars qui travaillaient autrefois sur ces quatre-mâts.