Depuis le mouvement de revendication culturelle des années soixante-dix, nombreux sont les Polynésiens qui ont décidés, dans un même élan d’affirmation de leur identité, de se réapproprier les noms issus de leur patrimoine généalogique ou de donner un prénom ma’ohi à leur enfant. Ce mouvement toujours vivace a été si fort qu’il a même fini par atteindre des couples métropolitains dont les enfants sont nés sur le sol polynésien. Certains adoptent des noms tahitiens ou marquisiens par goût pour leur signification ou leur sonorité. D’autres encore consultent leur entourage pour trouver le prénom le plus approprié à donner à leur enfant. Mais pour les plus avertis d’entre nous qui s’inspirent des principes de la tradition polynésienne, le nom est à la fois le principe-clé de la fonction vitale de l’être humain et la raison d’être présent dans le monde. Le nom a non seulement une fonction de sauvegarde de la vie de l’être mais celle-ci n’a de sens que par le nom que l’enfant va porter à sa naissance. (Lire mon article “Au nom de l’enfant...", Nouvelle revue d’ethnopsychiatrie, n° 30, mai 1996, mis en ligne sur http://blog.lecriturien.org).

Les épidémies, les raz de marées, l’évangélisation, la colonisation et l’introduction du code civil ont laminé des pans entiers de notre culture ancestrale et de nos savoirs immémoriaux, mais n’ont pas pu faire disparaître notre langue et surtout notre faculté à emprunter les multiples voies offertes par la tradition pour reconstituer notre patrimoine et affirmer notre identité en perpétuant les noms de nos ancêtres. Aussi, il serait particulièrement indécent et rétrograde que des professeurs, censés enseigner à nos enfants le bon usage de la langue, qu’elle soit française ou polynésienne, et la lecture avisée de l’histoire des pays et des nations, se laissent aller à participer à cette entreprise appartenant à un âge révolu de dénégation de nos noms et de leur sens. Seuls ceux qui ont fait tomber les noms sur leur progéniture ont le pouvoir de les changer en connaissance de cause. Pour les autres, toute tentative de les modifier, de les raccourcir ou de les remplacer revient à briser l’intégrité culturelle, sociale et spirituelle de l’enfant. Aussi, que vous souhaitiez préserver notre culture ou apprendre à la connaître, soyez des exemples d’effort et d’application auprès de notre jeunesse pour faire entendre ces noms ma’ohi qui sont la musique de notre pays, l’âme de notre culture, l’histoire de nos ancêtres et la force de notre peuple. Personne ne vous reprochera de parfois les écorcher en les prononçant, mais au contraire si le cœur y est, on vous félicitera de l’effort que vous aurez mis à les épeler, et vous serez gratifiés en retour pour le respect que vous aurez de la sorte manifesté à l’égard de nos familles.

Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun