Ta'aroa
Calme ma colère
Adoucis ma peine
Retiens mes paroles
Quand j’invoque ton nom
Quand j’invoque ton nom

Ta'aroa!
Oui! contient ma fureur
Oui! apaise ma douleur
Cette fureur et cette douleur
qui étreignent mon cœur

Ta'aroa!
Oui! contient ma fureur
De t’entendre être cité
par les constipés de la foi
dont la bouche impure
te met en musique
mais ne te chante pas,
te couche sur leur généalogie
mais ne te parle pas,
te glisse dans leurs discours
mais ne te glorifie pas

Ta'aroa!
Oui! apaise ma douleur
de te voir être appelé
en souvenir du temps passé
Pour distraire les touristes
Pour les marier sur le marae
Pour les faire marcher sur le feu
Pour les rebaptiser de nos noms
Des noms des générations
sortis de ton ventre sacré
et conservés dans les marae

Ta'aroa!
Oui! contient ma fureur
Oui! apaise ma douleur
Car je suis furieux et peiné
de te voir humilié de la sorte
Comme un dieu de foire
pour de riches vacanciers
Comme un dieu exotique
pour des Ma'ohi sots
Comme un dieu profane
pour des savants impies

Ta'aroa!
Oui! apaise ma douleur
Car je souffre que l’on me parle
De liberté de culte
De liberté d’opinion religieuse
De liberté de confession
De toutes ces libertés
inscrites aux frontons
De la constitution française
De la déclaration des droits de l’homme
Du pacte des droits civils et politiques

Ta'aroa!
Oui! retiens mes paroles
Car je suis perplexe de voir
qu’au nom de cette liberté de culte
Catholiques et protestants,
Adventistes et sanitos,
Témoins de Jéhovah et mormons,
Bouddhistes, juifs et musulmans
ont tous une place en terre ma’ohi
Mais pas tes propres enfants
Mais pas ton propre temple
Pour célébrer ta propre messe

Vois Ta'aroa
Il y a deux cents ans
Des envoyés de Londres
révélèrent à tes enfants
l’existence de Jéhovah
Mais ils ne triomphent pas

Vois Ta'aroa
Ils firent renverser tes effigies
Mais ils ne s’en vantent pas
Ils firent effacer tes temples
Mais ils ne s’en targuent pas
Ils firent taire tes incantations
Mais ils ne s’en prévalent pas

Vois Ta'aroa
Ils imposèrent Jéhovah
Mais ils ne triomphent pas
Non! ils ne triomphent pas
Parce qu’ils n’ont pas laissé
d’autre choix à tes enfants

Vois Ta'aroa
Et adoucis ma peine
Et retiens mes paroles
Quand j’invoque ton nom

Il y a deux cents ans
Parce que l’Europe naissait
Parce qu’elle se croyait unique
Parce que sa conscience balbutiait
Jéhovah profana tes temples
Jéhovah te débouta, toi et tes enfants
Mais pas de ma conscience

Jéhovah te ferma les portes des nouveaux temples
Mais pas de mon cœur
Mais pas de mon cœur
Mais pas de mon cœur

Te Fare Tauhiti Nui, n° 20, Mai 1999