« Un jour, ma fille âgée de 14 ans, à qui j’ai dédié cet ouvrage, m’a demandé de lui raconter la création du monde dans la conception tahitienne. J’ai commencé par lui parler de Ta’aroa, né de Rumia, et de tout ce qu’il avait créé avec son corps pour féconder la Terre. Puis très rapidement, je me suis trouvé embarrassé pour donner à ma narration un développement qui se tienne et une fin plausible. J’ai abrégé mon récit, certainement comme beaucoup de parents, face à ma propre ignorance. »

C’est par ces mots simples et emprunts d’humilité que Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun introduit ce nouvel ouvrage qui nous propose une lecture moderne de la genèse tahitienne tournée en forme de poème mythique. Traduit en tahitien par Winston Pukoki, membre de l’académie tahitienne, et puissamment illustré par des dessins signés Jean-Luc Bousquet, ce récit de La naissance de Havai’i a été composé en tenant compte de la mentalité des nouvelles générations tout en s’efforçant de respecter la profondeur et la beauté du discours des anciens prêtres tahitiens.

« En rénovant un récit ancien difficile à expliquer et à raconter à toutes sortes de public, l’auteur tente d’apprivoiser les nouvelles générations de Polynésiens pour les familiariser à leur propre histoire commune, dans la perspective de les rapprocher de leur source originelle, mais à travers le parler et la flexibilité de la langue qu’ils ont l’habitude d’employer. Cette façon de procéder n’est-elle pas une manière de respecter et de se montrer attentif au comportement des jeunes, désireux de satisfaire leur curiosité, en quête incessante de leurs origines et de leurs racines! N’est-elle pas un témoignage d’amour pour sa propre terre natale, un geste d’affection pour son peuple qui s’y est implanté! »

Vahi Sylvia Tuheiava-Richaud


EXTRAIT :

Il y a des millions et des millions d’années,
L’univers était plongé dans l’obscurité.
L’obscurité noire, épaisse et perpétuelle.
C’était le Pô, la grande nuit originelle.

Il n’y avait ni terre, ni plantes, ni eau.
Ni rochers, ni êtres humains, ni animaux
Il n’y avait ni ciel, ni lune, ni soleil
Rien n’était formé, le monde était en sommeil.

Seule une sphère tournait dans l’immensité,
Comme un œuf d’oiseau que le Pô aurait couvé
œuf unique et primordial, c’est Rumia,
La coquille du premier dieu, Ta’aroa.


Mai te pô ’a ’iu’iu mai
E pô ana’e.
E pô tinitini, e pô ta’ota’o
’O te pô ia.

’Aore e fenua, ’aore e râ’au, ’aore e vai
’Aore e ’ôfa’i, ’aore e ta’ata, ’aore e pua’a
’Aore e ra’i, ’aore e marama, ’aore e râ
’Aore e peu i tupu.

E pa’a ana’e e ta’aminomino noa ra i roto i te ’âere
Mai te hô’ê huero manu tâ te pô i ’ôfa’a mai
’O Rumia te i’oa o taua huero ra
Te pa’a o te atua mâtâmua ra ’o Ta’aroa