Et j’ai trouvé mes dieux dans sa souche
Et j’ai trouvé mes ancêtres dans son tronc
Et j’ai trouvé mes parents dans ses branches
Et j’ai trouvé mes frères et soeurs dans ses feuilles
Et j’ai trouvé l’amour et le partage dans ses fruits
Et j’ai trouvé la vie dans ses racines
Et j’ai trouvé la racine qui m’a donné la vie

Et l’arbre tout entier m’a dit que je suis Maòhi
Que je suis enfant de cette terre
Que mon identité vient de ses entrailles
Que mes ancêtres m’ont reconnu
Et que mes dieux sont honorés

Alors pourquoi dois-je devenir ce que je suis déjà
Pourquoi être ce que je suis déjà

Alors pourquoi m’octroyer mon identité
Pourquoi demander une chose que j’ai déjà

Les marchands d’identité me disent
Qu’il faut la monnayer
En échange d’un peu plus d’argent
Qu’il faut la discuter
En échange d’un peu plus de silence
Qu’il faut la négocier
En échange d’un peu plus de complaisance
Qu’il faut la troquer
En échange d’un peu plus de pouvoir
Qu’il faut l’instituer
En échange d’un peu moins de liberté

Alors je n’arrive pas à les croire
Marchands d’identité
Peut-être parce que leurs oripeaux sont noirs et glacés
Peut-être parce que leurs poches sont trop bien garnies
Et que leur gloire est désormais à leur faîte

Car voyez-vous
Marchands d’identité
Je suis Maòhiv Que puis-je désirer de plus de vous
Sinon que vous clamiez ce que je suis
Que puis-je attendre de plus de vous
Sinon que vous portiez ce que je suis
Pourquoi tant de palabres
Pour dire ce qui est
Pourquoi tant de papiers
Pour établir ce qui est

N’avons-nous pas assez payé
Le prix de leur arrogance

Alors dites-leur
Marchands d’identité
Que l’identité d’un peuple ne s’achète pas
Même en rêve
Que notre identité n’est pas une marchandise
Qui ne se vend ni se loue
Que notre identité n’est pas négociable
Qu’elle est!

Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, "Terre, Ô ma terre", dans Te Fare Tauhiti Nui, n°18, Novembre 1998