Au nom de la pensée d'une poignée de mandarins
Par Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun le mardi 3 mai 2005, 17:41 - Pamphlets - Lien permanent
Au nom de la pensée d'une poignée de mandarins
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Si les mandarins devaient gouverner, il y a fort à parier que le peuple en saurait plus sur eux-mêmes que sur lui-même et que la quête de l'universalité dont ils se targuent serait limitée à quelques rares incursions autour de leur nombril. Je connais d'ailleurs une mandarine atteinte de dyslexie de la pensée qui le démontre suffisamment pour craindre avec raison qu'une telle catastrophe puisse arriver un jour. Il est en tout cas bien connu que la seule chose qui intéresse le mandarin en pays ma'ohi, ce n'est pas de restituer à l'univers polynésien la totalité de son savoir mais de se mettre au centre du monde de l'autre et d'effacer tout ce qui par ailleurs dans l'univers pourrait porter ombrage à sa personne. Du coup, dès lors qu'il a réussi à chasser tous les habitants du monde sur lequel il entend gouverner seul, le mandarin peut se rendre maître de l'existence ou de la non-existence des choses, de décider quand elles doivent naître ou pas. Il reconstruit le monde de l'autre jusqu'à ce que la réalité ne soit plus qu'une fiction. Il en écrit le scénario, choisit ses personnages, orchestre la mise en scène et produit lui-même sa pièce.
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Si les mandarins devaient gouverner, il y a fort à parier que le peuple en saurait plus sur eux-mêmes que sur lui-même et que la quête de l'universalité dont ils se targuent serait limitée à quelques rares incursions autour de leur nombril. Je connais d'ailleurs une mandarine atteinte de dyslexie de la pensée qui le démontre suffisamment pour craindre avec raison qu'une telle catastrophe puisse arriver un jour. Il est en tout cas bien connu que la seule chose qui intéresse le mandarin en pays ma'ohi, ce n'est pas de restituer à l'univers polynésien la totalité de son savoir mais de se mettre au centre du monde de l'autre et d'effacer tout ce qui par ailleurs dans l'univers pourrait porter ombrage à sa personne. Du coup, dès lors qu'il a réussi à chasser tous les habitants du monde sur lequel il entend gouverner seul, le mandarin peut se rendre maître de l'existence ou de la non-existence des choses, de décider quand elles doivent naître ou pas. Il reconstruit le monde de l'autre jusqu'à ce que la réalité ne soit plus qu'une fiction. Il en écrit le scénario, choisit ses personnages, orchestre la mise en scène et produit lui-même sa pièce.
C'est ce qui est arrivé récemment à la littérature polynésienne en langue française et à ses auteurs. Elle, qui depuis plusieurs décennies fait courir ses plumes dans les livres, la presse écrite laïque et religieuse, les pièces de théâtre et les films. Elle, qui fait entendre ses voix sur les ondes radiotélévisées, dans les réunions politiques, culturelles et religieuses. Elle, qui pensait être, n'a jamais été. Elle vient d'apprendre qu'elle reste à naître. Le mandarin a pris son couperet de criticaillon littéraire, a haché soigneusement l'oraliture et l'écriture polynésiennes sur sa planche à littérature comparative et, ne trouvant rien à se mettre sous sa dent de francophoniste glottophage maniaque du roman, a tout jeté sur son dépotoir des lectures bannies Enfin, presque tout, car se disant certainement qu'un dieu ne pouvait décemment pas créer sa propre génération d'auteurs d'écrits fictionnels sans femmes avec lesquelles il puisse s'accoupler, il sauva in extremis de son autodafé, quelques écrits de femmes. Et la pensée dominante, laquelle comme tout monde le sait est incapable de critiquer ce qui peut conforter sa domination, a adopté sans sourciller le décret d'inexistence promulgué par le mandarin, lequel a prouvé de surcroît et une fois encore que son intelligence est capable de gouverner la pensée dominante, en comblant au besoin son appétit effréné d'idées fausses. Son refus de penser autrement que dans son insupportable infatuation va jusqu'à accepter toutes les escroqueries intellectuelles dont un mandarin peut se rendre capable. En effet, en affirmant que la littérature polynésienne en langue française était à naître, ce mandarin-là a réussi néanmoins cette prouesse extraordinaire de parler d'une littérature non née, nous offrant du même coup l'étendue de son savoir, lequel est bien entendu celui d'un éclopé de la pensée. En cela, je ne vois pas bien ce qui sépare le mandarin, ce lettré honnête mais veule, ayant acquis par son statut de fonctionnaire sa liberté de pensée et demeurant dans lun monde confiné, tel un tupa paisiblement installé au fond de son trou et réduisant à l'état de détritus ce qu'il aura mis autant de patience à collecter, à découper et à ingurgiter. Car à quoi sert une telle liberté de pensée si le champ de vision de celui qui en dispose reste aussi étroit que la galerie d'un tupa ? Pour ma part, ayant appris à voir de tous mes yeux et en particulier avec ceux du coeur, j'affirme que mon monde est plus vaste, plus riche et plus beau que le terrier doré des mandarins. Et ces auctorophages pourront toujours tenter de jeter aux oubliettes les oeuvres de Henri Hiro, Jimmy Lee, John Mairai, Charles Manu-tahi, Jean-Marc Pambrun, Turo et Marius Ra'apoto, René Shan, et de bien d'autres, ils en resteront pour leurs frais. Car, il y a bien longtemps qu'elles ont rejoint le maquis du peuple pour renvoyer un jour le panfrancophonisme aux poubelles de l'histoire.
Le Sale Petit Prince 29 août 99, Les Nouvelles de Tahiti.
Le Sale Petit Prince 29 août 99, Les Nouvelles de Tahiti.
Commentaires
jsute pour vous dire article tr�s interessant bonne continuation et grande reussite a ce joli blog
f�licitation, botre blog est super interessant :)
f�licitation, botre blog est super interessant :)
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chapeau les amis, j'ai pass� de tr�s belles instants sur ce blo
je passe souvent sur ce blog jadoooore cette facon de voir les choses
bonne fete les amis :) merci
jaimerai vous feliciter pour ce topic explicite qui m a enormement aide dans mes recherches merci