Contribution à une politique de la santé traditionnelle
Par Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun le mercredi 27 avril 2005, 03:37 - Articles culturels - Lien permanent
Article publié dans le Toere du 28 avril au 6 mai 2005 - toereami@mail.pf
Les peuples autochtones ont droit à leurs pharmacopées et pratiques médicales traditionnelles, y compris le droit à la protection des plantes médicinales, des animaux et des minéraux d'intérêt vital. (Article 24 du projet de déclaration des droits des peuples autochtones)
À présent qu’un vent de libéralisation semble souffler sur la santé traditionnelle dans notre pays, il m’a paru utile de rappeler une série de propositions faites au temps où l’association des masseurs polynésiens Ta’atira’a taurumi - ra’au ma’ohi tentait de faire reconnaître son droit à l’exercice des médecines traditionnelles. Le 5 décembre 1993, cette association, représentée par Mama Puara’i et Vaihere Bordes, était invitée à la « Maori health conference » à Otiria marae en Nouvelle-Zélande. À cette occasion, l’association a donné une conférence intitulée « La santé est entre nos mains » et dont j’ai résumé ici l’essentiel de la teneur, moyennant quelques actualisations de mon cru.
Les peuples autochtones ont droit à leurs pharmacopées et pratiques médicales traditionnelles, y compris le droit à la protection des plantes médicinales, des animaux et des minéraux d'intérêt vital. (Article 24 du projet de déclaration des droits des peuples autochtones)
À présent qu’un vent de libéralisation semble souffler sur la santé traditionnelle dans notre pays, il m’a paru utile de rappeler une série de propositions faites au temps où l’association des masseurs polynésiens Ta’atira’a taurumi - ra’au ma’ohi tentait de faire reconnaître son droit à l’exercice des médecines traditionnelles. Le 5 décembre 1993, cette association, représentée par Mama Puara’i et Vaihere Bordes, était invitée à la « Maori health conference » à Otiria marae en Nouvelle-Zélande. À cette occasion, l’association a donné une conférence intitulée « La santé est entre nos mains » et dont j’ai résumé ici l’essentiel de la teneur, moyennant quelques actualisations de mon cru.
L’officialisation des médecines traditionnelles
La première mesure préalable à toute politique cohérente en ce domaine porte sur la légalisation des médecines traditionnelles. En effet, l’introduction en 1860 du Code français de la Santé publique a placé tout exercice des médecines traditionnelles dans l’illégalité. Pourtant, malgré l’interdiction, les Polynésiens ont maintenu leurs savoirs traditionnels et les ont pratiqués plus ou moins ouvertement, révélant du même coup l’inadaptation des lois françaises. Lesquelles n’ont constitué que de simples alibis pour inciter aujourd’hui le gouvernement polynésien à entrer dans la démarche d’intégration des plantes « domiennes » dans la pharmacopée française et réamorcée par le gouvernement Raffarin depuis 2000 (Cet aspect fera l’objet d’un autre article à part entière).
Dans le processus révolutionnaire souverainiste engagé par le Taui, le gouvernement polynésien devrait plutôt réclamer de l’Etat l’abrogation des dispositions limitant ou interdisant l’exercice des médecines traditionnelles et l’emploi des plantes naturelles en Polynésie française. Ce qui lui permettrait d’exercer sa pleine compétence pour protéger l’intérêt de son pays, en tant que producteurs de plantes médicinales endémiques et de remèdes traditionnels conte l’extorsion faite par les grandes compagnies pharmaceutiques qui, sous prétexte de contribution à l’enrichissement des connaissances universelles, dépossèdent les populations locales de leurs biens ancestraux. Une officialisation qui permettrait d’autre part d’élaborer des stratégies thérapeutiques aptes à intervenir sur un plus grand nombre de maladies – en particulier en matière de premiers soins – de façon à alléger le coût de notre système de santé surmédicalisé et surchargé chimiquement. Des stratégies qui pourraient permettre enfin aux travaux menés par le Laboratoire de recherche sur les Substances naturelles de l’Institut Louis Malardé de répondre à une demande médicale et thérapeutique immédiate.
L’organisation de la santé traditionnelle
Sans attendre une officialisation des médecines traditionnelles, le ministère de Pia Faatomo a déjà la faculté de développer un certain nombre de dispositifs permettant d’organiser la santé traditionnelle en partenariat avec les ministères de la culture, de l’éducation et de la recherche. Je songe notamment à la création d’un institut de recherche en anthropologie médicale qui aurait pour mission de sauvegarder les connaissances des tradipraticiens par leur recueil, leur conservation et leur mise en valeur au sein du monde actuel. Ces connaissances concernent bien sûr les plantes et leur utilisation, mais aussi le système de représentation de la santé, du corps et de la maladie. Les praticiens des médecines traditionnelles détiennent en effet un savoir qui fait partie du patrimoine culturel polynésien, mais n’ont pas toujours la possibilité de le retransmettre.
Depuis une trentaine d’années, on assiste même à une véritable rupture dans la chaîne de retransmission des connaissances et des savoir-faire médicinaux. L’institut d’anthropologie médicale pourrait pallier cette hémorragie, de même qu’un centre de formation des masseurs et guérisseurs dont la gestion pourrait être confiée aux associations de tradipraticiens. Outre le savoir initial qui serait délivré par les tradipraticiens eux-mêmes dans toutes les disciplines des médecines traditionnelles, une formation complémentaire pourrait être offerte grâce aux résultats combinés des recherches menés par cet institut et par le laboratoire de l’Institut Malardé.
Un dernier dispositif, sinon le premier, à la portée du gouvernement est de créer des jardins de plantes médicinales axés sur la préservation et le traitement des plantes endémiques, rares ou en voie de disparition. Pour la Polynésie, deux voies sont offertes. La première est d’acquérir des terrains propices à la constitution de ces jardins; la seconde est de faire classer certains sites naturels pour leur richesse en plantes médicinales comme réserves utiles protégées.
Enfin, la Polynésie autonomiste, réticente à l’égard de sa médecine traditionnelle, s’est tenue trop longtemps à l’écart des progrès régionaux et internationaux réalisés depuis 1994 en matière de reconnaissance juridique des droits des peuples autochtones à la santé. Il serait temps que notre pays rattrape son retard en organisant à Tahiti une première rencontre avec les organisations non gouvernementales des peuples autochtones de la région pacifique pour faire le point de la question en ce domaine.
D’aucuns se demanderont pourquoi ressortir des propositions faites il y a plus de dix ans. D’abord, elles sont plus que jamais d’actualité. Ensuite, le Taui serait impardonnable d’ignorer les luttes qui ont été menées tout au long du régime flossiste et qui constituent les fondations de la société que nous voulons édifier à notre image. Écouter et prendre en compte aujourd’hui les combats d’hier pour la reconnaissance de notre culture, c’est montrer avant tout qu’ils n’auront pas été vains et au bout du compte honorer ceux qui y ont consacré leur vie. Reconnaissance et réhabilitation des acteurs de la décolonisation ne sont-ils pas les premiers devoirs du Taui?
La première mesure préalable à toute politique cohérente en ce domaine porte sur la légalisation des médecines traditionnelles. En effet, l’introduction en 1860 du Code français de la Santé publique a placé tout exercice des médecines traditionnelles dans l’illégalité. Pourtant, malgré l’interdiction, les Polynésiens ont maintenu leurs savoirs traditionnels et les ont pratiqués plus ou moins ouvertement, révélant du même coup l’inadaptation des lois françaises. Lesquelles n’ont constitué que de simples alibis pour inciter aujourd’hui le gouvernement polynésien à entrer dans la démarche d’intégration des plantes « domiennes » dans la pharmacopée française et réamorcée par le gouvernement Raffarin depuis 2000 (Cet aspect fera l’objet d’un autre article à part entière).
Dans le processus révolutionnaire souverainiste engagé par le Taui, le gouvernement polynésien devrait plutôt réclamer de l’Etat l’abrogation des dispositions limitant ou interdisant l’exercice des médecines traditionnelles et l’emploi des plantes naturelles en Polynésie française. Ce qui lui permettrait d’exercer sa pleine compétence pour protéger l’intérêt de son pays, en tant que producteurs de plantes médicinales endémiques et de remèdes traditionnels conte l’extorsion faite par les grandes compagnies pharmaceutiques qui, sous prétexte de contribution à l’enrichissement des connaissances universelles, dépossèdent les populations locales de leurs biens ancestraux. Une officialisation qui permettrait d’autre part d’élaborer des stratégies thérapeutiques aptes à intervenir sur un plus grand nombre de maladies – en particulier en matière de premiers soins – de façon à alléger le coût de notre système de santé surmédicalisé et surchargé chimiquement. Des stratégies qui pourraient permettre enfin aux travaux menés par le Laboratoire de recherche sur les Substances naturelles de l’Institut Louis Malardé de répondre à une demande médicale et thérapeutique immédiate.
L’organisation de la santé traditionnelle
Sans attendre une officialisation des médecines traditionnelles, le ministère de Pia Faatomo a déjà la faculté de développer un certain nombre de dispositifs permettant d’organiser la santé traditionnelle en partenariat avec les ministères de la culture, de l’éducation et de la recherche. Je songe notamment à la création d’un institut de recherche en anthropologie médicale qui aurait pour mission de sauvegarder les connaissances des tradipraticiens par leur recueil, leur conservation et leur mise en valeur au sein du monde actuel. Ces connaissances concernent bien sûr les plantes et leur utilisation, mais aussi le système de représentation de la santé, du corps et de la maladie. Les praticiens des médecines traditionnelles détiennent en effet un savoir qui fait partie du patrimoine culturel polynésien, mais n’ont pas toujours la possibilité de le retransmettre.
Depuis une trentaine d’années, on assiste même à une véritable rupture dans la chaîne de retransmission des connaissances et des savoir-faire médicinaux. L’institut d’anthropologie médicale pourrait pallier cette hémorragie, de même qu’un centre de formation des masseurs et guérisseurs dont la gestion pourrait être confiée aux associations de tradipraticiens. Outre le savoir initial qui serait délivré par les tradipraticiens eux-mêmes dans toutes les disciplines des médecines traditionnelles, une formation complémentaire pourrait être offerte grâce aux résultats combinés des recherches menés par cet institut et par le laboratoire de l’Institut Malardé.
Un dernier dispositif, sinon le premier, à la portée du gouvernement est de créer des jardins de plantes médicinales axés sur la préservation et le traitement des plantes endémiques, rares ou en voie de disparition. Pour la Polynésie, deux voies sont offertes. La première est d’acquérir des terrains propices à la constitution de ces jardins; la seconde est de faire classer certains sites naturels pour leur richesse en plantes médicinales comme réserves utiles protégées.
Enfin, la Polynésie autonomiste, réticente à l’égard de sa médecine traditionnelle, s’est tenue trop longtemps à l’écart des progrès régionaux et internationaux réalisés depuis 1994 en matière de reconnaissance juridique des droits des peuples autochtones à la santé. Il serait temps que notre pays rattrape son retard en organisant à Tahiti une première rencontre avec les organisations non gouvernementales des peuples autochtones de la région pacifique pour faire le point de la question en ce domaine.
D’aucuns se demanderont pourquoi ressortir des propositions faites il y a plus de dix ans. D’abord, elles sont plus que jamais d’actualité. Ensuite, le Taui serait impardonnable d’ignorer les luttes qui ont été menées tout au long du régime flossiste et qui constituent les fondations de la société que nous voulons édifier à notre image. Écouter et prendre en compte aujourd’hui les combats d’hier pour la reconnaissance de notre culture, c’est montrer avant tout qu’ils n’auront pas été vains et au bout du compte honorer ceux qui y ont consacré leur vie. Reconnaissance et réhabilitation des acteurs de la décolonisation ne sont-ils pas les premiers devoirs du Taui?
Commentaires
bonjour, je suis étudiante en médecines naturelles et ethnomédecines et je suis à la recherche d'un stage en Nouvelle Zélande pour le mois de septembre dans un jardin de plantes médicinales ou une distillerie d'huile essentielle. Je souhaiterais découvrir la flore locale et les savoirs médicinaux traditionnels : guerisseurs, ....Travailler à la confection de médicaments naturels et à la valorisation de ces médecines.
Si vous avez des contacts, n'hésitez pas: eloors@aol.com Merci
bonjour, je suis étudiante en médecines naturelles et ethnomédecines et je suis à la recherche d'un stage en Nouvelle Zélande pour le mois de septembre dans un jardin de plantes médicinales ou une distillerie d'huile essentielle. Je souhaiterais découvrir la flore locale et les savoirs médicinaux traditionnels : guerisseurs, ....Travailler à la confection de médicaments naturels et à la valorisation de ces médecines.
Si vous avez des contacts, n'hésitez pas: eloors@aol.com Merci
bonjour je suis médecin allopathe depuis 15 ans hospitalier vivant en France trés respectueux de la culture polynésienne j'étudie depuis deux ans la médecine traditionnelle polynésienne Elle m'a permis de beaucoup réfléchir et faire évoluer mes pratique voici quelques reflexions L’oralité a été, depuis la nuit des temps, le mode de transmission des valeurs culturelles maohi. Au travers des narrations des orero, des apprentissages auprès des aînés, des chants ou encore des danses, les maohi ont su transmettre, de génération en génération, leur savoir. Loin d’être des passe-temps ludiques, ils représentaient de véritables outils dont la fonction primordiale était de perpétrer, au fil du temps, les croyances et la culture maohi. Pourtant, l’arrivée des européens au XVIII ème siècle, va amener de grands bouleversements qui mettront en péril la culture polynésienne. Dans cette société autarcique, évoluant sur le mode clanique, la tradition orale représentait un mode idéal de transmission pour véhiculer les valeurs fondamentales d’un modèle monoculturel. Elle jouait le rôle de ciment, participant à la cohésion tribale et intergénérationnelle, en favorisant les contacts humains et en créant une interdépendance notamment vis-à-vis des anciens qui possédaient le savoir dont la connaissance, pour un individu, était essentielle à sa propre survie. De plus, elle renvoyait l’image d’un modèle social unique dont les règles étaient en principe admises de tous, en modélisant une forme de pensée qui garantissait la stabilité sociopolitique du clan. Mais confrontée à d’autres modèles culturels, la tradition orale est mise en défaut. La raison ne lui en incombe pas directement mais est de la responsabilité de son vecteur : l’être humain qui s’avère altérable et périssable. Altérable dans le sens où, loin d’être un support inerte, l’homme s’imprègne, plus ou moins consciemment, des influences culturelles qui l’entourent. Ces dernières sont alors susceptibles de changer son mode de vie, de pensée et donc de modifier la façon dont il retransmettra les valeurs ancestrales qui lui ont été inculquées. Ces valeurs culturelles sont désormais altérées par la perception que l’individu, lui-même changé, en a. Il en va du même principe pour celui qui reçoit ces informations. Il suffit de s’intéresser à l’histoire polynésienne pour se rendre compte de la volonté délibérée, qu’ont eu les européens, à vouloir imposer leurs dogmes et leur désir évident de soumettre le peuple maohi à une assimilation forcée. Après avoir joué, sans succès, sur le registre de la séduction allant jusqu’à apprendre le langage polynésien (reo maohi) afin de mieux approcher les autochtones dans l’unique but de les convertir aux croyances occidentales, les anglais et les français s’emploieront à déstabiliser la société traditionnelle polynésienne. En soutenant, une bible dans la main et un pistolet dans l’autre, certains chefs de clan, ils rompront l’équilibre des forces tribales anciennes et réussiront à s’imposer sur le fenua. L’hégémonie de la dynastie des Pomaré, la conversion religieuse opportune de Pomaré II ainsi que la promulgation du code Pomaré sont caractéristiques de cette période marquée par ce que les ethnologues appellent l’acculturation. A regarder de plus prés on s’aperçoit que les lois, qui composaient le code Pomaré, étaient largement inspirées par les idéaux des missionnaires entourant le souverain et qu’il ne représentait en somme qu’un ensemble d’interdits visant, sans en omettre, à supprimer tous les supports de transmission de la culture maohi. Ainsi furent interdits ; l’utilisation du langage polynésien (reo maohi), les danses, les manifestations publiques à caractère culturel, le tatouage etc. .... Dans leur politique d’assimilation par la contrainte, ils seront, involontairement mais efficacement, aidés par les maladies qu’ils vont importer sur le territoire, responsables de grandes épidémies qui décimeront le peuple maohi. Jules de Comeiras, chirurgien navigant de 2ème classe, décrira de manière très réaliste, dans sa thèse de doctorat en 1845, les ravages causés par la tuberculose, la syphilis, la variole ou encore l’alcoolisme. Il fait notamment mention d’une estimation de 7000 à 8000 habitants, lors de sa venue à Tahiti, la comparant à celle faite par Cook, de l’ordre de 120000 habitants en 1769. On comprend alors aisément comment dans une société basée uniquement sur l’oralité on a pu perdre, dans un temps très court, une grande partie du patrimoine culturel. Ainsi l’action combinée des méthodes d’assimilation et de la chute exponentielle de la population ont bien failli avoir raison de la culture maohi. Il s’agit là d’une véritable politique de l’oubli. Elle aura, pour beaucoup, permis l’acceptation passive et inconsciente de la culture occidentale en ayant pour conséquence l’appauvrissement culturel originel. Pourtant, cette façon de s’imposer à l’autre est impropre à la construction individuelle dans la société. Il n’est pas étonnant que ce « bricolage culturel » suscite un sentiment légitime de rejet qui a sans doute permis à la culture maohi de survivre. On assiste aujourd’hui à la renaissance de la culture maohi, initiée par les intellectuels polynésiens. Si les revendications des plus anciens sont plutôt de nature politique, il est clair que la situation d’exclusion culturelle dans laquelle se trouvent les plus jeunes, par rapport à la société actuelle, a renforcé leur sentiment d’appartenance identitaire. Ce dernier constitue le principal moteur indispensable à ce que nous appellerons, par similitude, la reculturation ou réappropriation culturelle. Car, même si de fait, la société polynésienne actuelle est pluriculturelle, elle doit obligatoirement passer par une phase de reconstruction identitaire afin de consolider ses propres bases culturelles et permettre ainsi à l’individu de redécouvrir et de préserver son patrimoine et par la même sa propre identité. Il s’agit là d’un préalable indispensable à l’assimilation, cette fois volontaire, d’éléments culturels extérieurs qui viendront enrichir et non plus remplacer la culture originelle. La médecine traditionnelle (raau tahiti) est un très bon exemple permettant d’illustrer le propos. Nombre de témoignages écrits de la fin du XVIII ème siècle font état de la bonne santé du peuple polynésien. A cette époque, les tahua (tradipraticiens) occupent des fonctions importantes à la fois religieuses et médicales et pratiquent une médecine en harmonie avec la société traditionnelle polynésienne, ses croyances et ses besoins sanitaires. L’évolution de la société polynésienne, à l’arrivée des européens, va peu à peu leur faire perdre la place centrale qu’ils occupaient traditionnellement. Ils se retrouvent relégués aux seconds rôles par l’adoption de la religion chrétienne et impuissants face à l’émergence des nouvelles maladies importées. La médecine traditionnelle, quant à elle, est peu à peu marginalisée pour être interdite avec la mise en place du code de santé publique en 1860, tandis que s’installe et se structure la médecine occidentale dés la seconde moitié du 19 ème siècle. Bien que toujours très présente dans la vie polynésienne, elle va devenir très ironiquement « tabu » sur son propre territoire. De nos jours encore, la médecine traditionnelle, tout juste tolérée, est largement décriée. Il suffit de lire dans la presse les réactions épidermiques des médecins allopathes qui, au travers de faits divers anecdotiques, la condamnent sans appel. Ils ne se rendent pas compte que, par amalgame, ils se focalisent sur une utilisation mimétique, instinctive au sein des familles sans prendre en considération le travail réel des tradipraticiens sur le terrain. Pourtant qui connait réellement le travail accompli par ces derniers, notamment aux endroits où la population est totalement délaissée par le système actuel de soins ? En étudiant la littérature purement médicale (je ne parle pas des articles d’ethnomédecine) on s’aperçoit qu’il n’existe aucune étude sérieuse sur l’état et le rôle de la médecine traditionnelle actuellement en Polynésie. Il aura fallu attendre la mise en place du gouvernement d’oscar Temaru pour qu’il y ait une amorce de reconnaissance de cette dernière en nommant Madame Pia Hiro comme ministre de la santé et de la médecine traditionnelle (ministère au sein duquel il faut souligner le travail remarquable de monsieur Rahiti Buschin) et en créant la maison de la médecine traditionnelle. Loin de correspondre à une lubie identitaire, cette volonté de réhabilitation la médecine traditionnelle s ‘inscrit dans un vaste programme initié par l’Organisation Mondiale de la Santé en Océanie qui croit fermement à la place des médecines traditionnelles dans le système de soins. Mais cette méconnaissance scientifique laisse, à l’heure actuelle, le champ libre à toutes les critiques et nuit grandement à son image. Même si les techniques chirurgicales employées par les tahua semblent perdues, il existe de nombreuses traces écrites des pratiques médicales ou des remèdes employés autrefois et dont seulement quelques initiés ont connaissance aujourd’hui. Il est donc impératif de donner, comme le souligne très justement jean marc Pambrun, une dimension universitaire à cette médecine en dotant le fenua d’un institut qui travaillera notamment à effectuer des recherches en bibliothèque et auprès de la population afin de colliger et de préserver le patrimoine existant pour ainsi constituer une banque de données exploitables par les scientifiques. De plus il faut élaborer, pour la médecine traditionnelle et les tradipraticiens, un cadre juridique protégeant le patrimoine polynésien du pillage pharmaceutique, définissant les bonnes pratiques médicales et garantissant leur reconnaissance en tant qu’acteurs dans le système de soins. La médecine traditionnelle, qui obtient la confiance de la population et dont la conservation dans le temps démontre en soi que la médecine allopathique ne répond pas à toutes les attentes de la population, ne doit plus reposer sur l’empirisme. Les praticiens et toute la communauté scientifique doivent travailler à créer les outils nécessaires à une approche factuelle mais adaptés à sa nature et donc différents de ceux utilisés par la médecine allopathique. On peut citer notamment le travail sur la recherche pharmaco botanique, les études d’efficacité thérapeutique et comparatives sur des groupes témoins. Enfin, se pose le problème des méthodes d’enseignement de cette pratique médicale qui doivent garantir la qualité de la transmission et de l’utilisation d’un savoir validé. Nous croyons que la médecine traditionnelle polynésienne a tout à fait sa place dans le système de soins polynésien. La situation, dans laquelle elle se trouve actuellement, est clairement de la responsabilité des autorités et des acteurs de santé du système de soins actuel. Pourtant ce dernier est dans l’incapacité, de gérer à lui, seul les besoins sanitaires de la population. La thèse de médecine du Dr Tekuataoa en 2004 démontrait clairement une aggravation des indices de morbidité et de mortalité et les défaillances dans l’organisation sanitaire du territoire. Il serait donc légitime que les autorités sanitaires et les praticiens allopathes aient un peu plus de considération pour leurs collègues et les aident à se développer jusqu’à obtenir la place qu’ils méritent dans l’offre de soins. Encore faut-il être suffisamment humble pour croire qu’il n’y a pas qu’une seule voie qui mène à la guérison ….
Dr Pujo jean marc
certain dirons non mais... c est la vie