Et un jour je t’ai désiré
pour te baigner de l’amour
que ta mère avait sur moi répandu

Mais je ne savais pas
Non, je ne savais pas encore
que tu serais plus que ce que je désirais
que tu serais plus que ce que j’imaginais
que tu serais bien plus que mon enfant

Une nuit, un songe m’enveloppa :
Les vagues de la mer enfantèrent une île
L’île accoucha d’une nature luxuriante
La nature mis au monde une pirogue double
Et la pirogue double engendra un oeil
Et cet œil, c’était toi

À l’écoute de mon désir,
Nos ancêtres t’avaient choisi
Ils m’avaient montré ta voie
Ils m’avait soufflé ton nom

Tu ne naîtrais pas pour rien
Tu ne naîtrais pas de rien

Tu ne serais pas seulement mon enfant
Mais un être appelé par les dieux
Pour accomplir sa destinée
Et je ne serais pas seulement ton père
Mais un être appelé par les dieux
Pour te préparer à ton destin

Ma pirogue prit une direction
Ma pensée toucha terre
Et mon esprit s’éveilla

Je t’attendis durant neuf mois
Te guettant et te devinant
À travers les yeux de ta mère
À la surface de son ventre
Dans la musique de ses paroles
Dans ses plaintes et ses rires
Au-delà du tumulte de l’univers

Et quand ton front surgit au monde
Et quand apparut ton visage tourmenté
Et quand ton corps fit éclater l’air
Et quand ton cri noya l’espace

Mon corps entier trembla
Mon cœur se serra d’angoisse
Et mon âme bascula

Tu étais là, si parfait
L’histoire du monde sculptait ta figure,
Ravinait ta peau, courrait sur ton dos
Une histoire profonde et ancestrale
Une histoire bruissante et puissante

Tu étais là, si parfait
Héros des temps anciens
Venu de lieux inconnus
Mélange de vies passées
Et de cultures oubliées

Jamais je n’ai vu d’être humain
Paré de plus de dignité et de noblesse
Riche de plus de pureté et de dépouillement
Doté de plus de force intérieure et de courage
Inspirant tant le respect et la compassion

Et je sus ce c’est tout cela
qu’il me faudrait éveiller en toi
qu’il me faudrait préserver en toi
qu’il me faudrait augmenter en moi

Mon enfant,
Tu n’es pas né de rien
Tu a jailli des Origines
Là où sont tes racines
Là où sont tes ancêtres
Là où tout a commencé

Tu n’es pas né pour rien
Tu viens pour le monde
Pour qu’il soit plus beau
Pour qu’il soit merveilleux
Pour qu’il soit plus juste
Pour qu’il soit plus généreux

Mon enfant,
J’aime tant à te nommer
Pour saluer ce que tu es.


Jean-Marc Teraìtuatini PAMBRUN, « Mon enfant » dans Arz Lebnaan, Papeete, n° 5, juillet 2002, p 27.