PPTonline : Alors, surpris de ce prix ?
JMP : Surpris, oh oui ! tellement surpris, que j’étais au Québec et je n’y ai pas cru, je croyais que c’était une blague ! Quand la nouvelle a été confirmée, c’est une grande émotion qui m’a envahi. Je savais que j’avais passé le premier tour des électives, soit 75 livres. Ensuite, il en restait 36, mais quand on connaît les grands talents notamment ceux des Caraïbes, on se sent tout petit. Quand on a le premier prix, on se dit "mais qu’est-ce qui s’est passé ?" (sourire). Surpris, très agréablement, heureux, tout simplement.

PPTonline : C’est un plus pour la littérature polynésienne ?
Evidemment. Après Pare Walker, pour Mémoires d’avenir, le formidable succès de librairie de Tevae et ses nombreux prix, l’école Saint-Joseph et son prix au salon d’Ouessant cette année – sans oublier les romans chocs comme Mutismes et romans choux (L'arbre à pain, beau succès international) – et Les parfums peuvent aider à faire connaître la littérature polynésienne. Mais le gros hic, c’est la distribution. Si tu n’es pas en librairie type Fnac ou autre, tu n’es pas lu. Les éditeurs locaux ne peuvent pas éditer pour l’étranger. Les tirages sont trop importants. L’avenir est à la coédition. Mais tout cela est encourageant pour "pousser" les gens à écrire. Quand on est touché par un livre, cela donne des envies… Cela fait 3 ans que j’écris pour écrire, que j’essaye de vivre de mes écrits. " Les parfums " est une pièce. C’est le texte original qui a été primé. Je l’avais écrit pour le centenaire de la mort de Paul Gauguin. Pour diverses raisons, elle n’a pas été jouée. J’ai eu les boules. Il est inconcevable et c’est un ancien directeur de l’Otac qui le dit, quand un Polynésien propose une pièce de théâtre, qu’elle ne soit pas produite ! On produit si peu… (soupirs). Les parfums ont été édités avant d’être joués. C’est rare.

PPTonline : Pourquoi un pseudo ?
JMP : Le choix du pseudo est lié au sort de La nuit des bouches bleues, annulée au dernier moment par le ministère de la Culture de l’ancienne majorité. "Il n’est pas question de voir JMP dans nos murs", aurait été dit ! Mais bon, j’ai maintenant révélé mon nom caché derrière ce pseudo et promis, je signe de mon vrai nom désormais !

PPTonline : Tu déclarais à Tahitipresse : Dans un premier temps, cela ne m'intéressait pas car j'avais des comptes à régler avec ce monsieur. En tant qu'anthropologue et Polynésien, Gauguin était, pour moi, le prolongement du mythe rousseauiste du "bon sauvage". Il est où le problème ?
JMP : En tant que Polynésien et d’un point de vue morale. Jeune, j’étais interpellé par ce mythe du bon sauvage, qui n’a jamais rendu service aux Polynésiens je précise, dont Gauguin était porteur. Il est l’aboutissement de ce vieux rêve rousseauiste, sans aucun doute. C’était une démarche à l’époque péremptoire. Il fallait le dénoncer. Mais après une introspection sur moi-même (le fait d’avoir mûri?, ndlr), tous ces personnages, Loti, Gauguin, n’étaient pas si "mauvais" que cela. Après une analyse subjective, j’y ai vu de l’amour. Pas que de la haine. Il y avait de l’amitié, de l’amour entre ces hommes et les Polynésiens. En faisant mes recherches pour ce livre, je me suis rendu compte que Gauguin est arrivé aux Marquises alors que la population était en voie d’extermination. Il ne faut pas l’oublier. C’était une tragédie humaine. La mort qui gangrenait Gauguin et la mort des Marquisiens ont créé une histoire d’amour entre ces hommes. La mort a annulé tout le reste. J’avais décidé de mettre les Marquisiens au-devant de la scène de mon livre et Gauguin derrière. Mais dans son travail alors que les Marquisiens tombaient "comme des mouches", il recherchait désespéramment une certaine culture, "une certaine race", comme il le disait. Dans cette tragédie, il restait l’épaisseur des êtres. Mon livre, "revanchard", est devenu une histoire d’amour.

PPTonline : l’avenir de Jean-Marc Pambrun :
JMP : Le mois prochain, je publie un recueil de nouvelles., Huna, secrets de familles. Vous pouvez voir la une sur www.ibisrouge.fr. Et pour la fin, de l’année un roman, qui risque de déranger…

PPTonline : Tu es écrivain. Que penses-tu du Taui ?
JMP : En tant qu’artiste, je ne vois pas de véritable changement. Liberté de parole nous avons gagné, mais c’est tout pour le moment. Liberté s’opinion oui mais pas de véritable changement culturel. Dans le programme de l’UPLD, je n’ai pas vu une fois le mot "culture". Même pas d’interrogation type que faire pour la culture ?". Le salon du libre était annuel. On le garde mais tous les 2 ans maintenant. C’est scandaleux. Il n’y a pas d’argument, c’est tout simplement stupide. Un événement de ce type, annuel, pousse les gens à produire. Et c’est comme si on ne pensait pas aux autres, nos voisins. Et le Pacifique, la Nouvelle-Calédonie ne produisent pas pendant ce temps ? C’est l’écrivain qui parle, dans une démarche universelle pas politique. Et qu’on ne me dise pas que c’est un problème d’argent. Mais j’ai de l’espoir dans le Taui qui nous a fait si cruellement défaut pendant tant d’années. Mais nous verrons à l’usage… Nous sommes dans une société du non-fit mais posons-nous la question de "qui l’on est ?". Tout cela laisse un champ aux écrivains que nous sommes…