C'est une terre ma'ohi...
Par Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun le mercredi 2 février 2005, 18:05 - Poésie - Lien permanent


Tahiti n’est pas un pays
qui se lève avec ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se répand sur ses douleurs
en tranches épaisses de basalte
pour empêcher que son chagrin
ne vienne gronder sous l’asphalte
et y répandre son venin.
C’est une terre pathétique
qui se glisse sur ses blessures
comme un emplâtre volcanique
et comble toutes ses fractures
de pluies de lave de sang noir,
de crânes blanchis par le temps
pour mieux colmater sa mémoire
et jouir de l’instant présent.
C’est une terre maòhi
obscurcie par la rêverie,
aux yeux pleins de mélancolie
mais aussi d’espoir et de vie.
C’est une terre maòhi
éclatante et immaculée
qui pénètre dans les replis
des consciences les mieux gardées.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui se confond dans ses couleurs,
c’est une terre maòhi
rencontrée par des découvreurs,
la tête pleine de chimères
et les yeux injectés d’envie
qui ne virent pas que sa lumière
n’était pas celle du paradis.
Ce n’est pas ça le paradis.
Tahiti ce n’est pas un leurre,
c’est une terre maòhi
où tous les êtres vivent et meurent
dans la misère ou la richesse,
dans le bonheur ou la souffrance.
C’est une terre de détresse
qui sait sauver les apparences.
C’est une terre maòhi
qui n’a pas choisi ses couleurs
par simple goût de l’harmonie
ou pour un séjour enchanteur,
mais pour user de leur pouvoir,
réclamer la faveur des dieux,
éclater les peaux blanches et noires
et honorer tous les aïeux.
Tahiti n’est pas un pays
qui tresse toutes ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui en distingue chaque odeur
qui connaît leur sonorité,
les sépare sans les mêler,
les mêle sans les diluer,
et les dilue pour se panser.
***
Tahiti n’est plus un pays
qui se nourrit de ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se console du bonheur
de peindre ses racines noires
sur les fibres de tapa blanc,
en suspendant dans ses armoires
ses habits de nouveau croyant.
Tahiti n’est pas un pays
qui vit de toutes ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui les prête au monde extérieur
pour qu’ils en fassent des images
de souvenirs inoubliables
que des trafiquants de mirages
revendront aux plus malléables.
C’est une terre maòhi
qui a grand faim de ses couleurs
pour contenter son appétit
et chasser toute la noirceur
des sentiments que ses enfants
portent à l’égard de leurs parents
qui les oublient ou sont absents
quand ils ne croient plus au présent.
C’est une terre maòhi
peuplé de regards impuissants,
fuyants, égarés ou sans vie,
endormis ou indifférents,
tristes, affolés ou suppliants,
contemplatifs et insondables,
enjoués ou compatissants,
mais qui voient toujours l’improbable.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui est troublé par ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui a perdu son impudeur.
Elle se dénude avec décence,
dans la plus stricte intimité
et ne dévoile que son aisance
à aimer et à enfanter.
C’est une terre maòhi
qui se couvre de contre-jours
pour décliner à l’infini
tous les contrastes de l’amour.
Alors, les lèvres réservées
peuvent se tenir, rassurées
dans le vide et l’immensité
sans crainte de s’y égarer.
C’est une terre maòhi
veinée de rivières laiteuses,
serties de rochers gris sur gris
aux attitudes paresseuses
que caressent les corps tronqués
de femmes qui noient leurs secrets
et n’offrent que leur dos nacré
en pâture aux yeux indiscrets.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui éclate sous ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se recouvre à contrecœur
de la pénombre des nuages
et puis s’estompe, famélique,
pour supplier des dieux sans âge
de semer des peurs fantastiques.
C’est une terre de magie
qui force toujours le courage
à gonfler le cœur maòhi
pour résister à ses ravages,
contenir toute sa souffrance
dans la plus grande dignité
et résister à la violence
de sa propre réalité.
Oui, il en faut de la bravoure
pour ouvrir des yeux insondables,
dès qu’apparaît le petit jour,
sur des pensées inconcevables,
des songes nocturnes incroyables
et des mondes fantomatiques
qui pétrifient les corps de sable
dans des postures les plus tragiques.
Oui, il en faut de la vaillance
pour accepter la vérité
et repousser ses pestilences
pour arracher sa liberté
des crocs brillants du quotidien,
de la grisaille des pavés,
des désillusions des anciens
et des défaites du passé.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui convoite d’autres couleurs,
c’est une terre maòhi
qui ne rêve pas d’un ailleurs.
Elle a scellé si fort son âme
dans le cœur de tous ses enfants
qu’il suffirait d’un coup de rame
pour la pousser au firmament.
Quand toutes les générations
se rassemblent sur son écorce
unies par les mêmes passions,
quand les ethnies déplient leurs torses
pour entonner à l’unisson
un chant dédié à son esprit,
alors la terre sait qu’ils feront
de Tahiti un grand pays.
C’est une terre maòhi
qui ne rêve pas d’un ailleurs
car toute sa vie est ici.
Elle y a planté ses couleurs.
C’est une terre si ancestrale
qu’elle puise encore ses certitudes
à la source de ses eaux pâles
où fermente ses habitudes.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui se lève vers ses couleurs,
mais quand tous ses enfants sourient,
les yeux éclatants de candeur,
alors la terre maòhi
sait qu’elle ne vit rien que pour eux,
qu’elle est leur âme et leur esprit
et qu’elle peut bien sécher ses yeux.
Tahiti n’est pas un pays
d’enchantement et de douceur,
c’est une terre maòhi
qui a les couleurs de son cœur.
Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, Poème sur des photos de Michel Chansin, Moorea, juillet 2001 - Au vent des îles
obscurcie par la rêverie,
aux yeux pleins de mélancolie
mais aussi d’espoir et de vie.
C’est une terre maòhi
éclatante et immaculée
qui pénètre dans les replis
des consciences les mieux gardées.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui se confond dans ses couleurs,
c’est une terre maòhi
rencontrée par des découvreurs,
la tête pleine de chimères
et les yeux injectés d’envie
qui ne virent pas que sa lumière
n’était pas celle du paradis.
Ce n’est pas ça le paradis.
Tahiti ce n’est pas un leurre,
c’est une terre maòhi
où tous les êtres vivent et meurent
dans la misère ou la richesse,
dans le bonheur ou la souffrance.
C’est une terre de détresse
qui sait sauver les apparences.
C’est une terre maòhi
qui n’a pas choisi ses couleurs
par simple goût de l’harmonie
ou pour un séjour enchanteur,
mais pour user de leur pouvoir,
réclamer la faveur des dieux,
éclater les peaux blanches et noires
et honorer tous les aïeux.
Tahiti n’est pas un pays
qui tresse toutes ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui en distingue chaque odeur
qui connaît leur sonorité,
les sépare sans les mêler,
les mêle sans les diluer,
et les dilue pour se panser.
***
Tahiti n’est plus un pays
qui se nourrit de ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se console du bonheur
de peindre ses racines noires
sur les fibres de tapa blanc,
en suspendant dans ses armoires
ses habits de nouveau croyant.
Tahiti n’est pas un pays
qui vit de toutes ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui les prête au monde extérieur
pour qu’ils en fassent des images
de souvenirs inoubliables
que des trafiquants de mirages
revendront aux plus malléables.
C’est une terre maòhi
qui a grand faim de ses couleurs
pour contenter son appétit
et chasser toute la noirceur
des sentiments que ses enfants
portent à l’égard de leurs parents
qui les oublient ou sont absents
quand ils ne croient plus au présent.
C’est une terre maòhi
peuplé de regards impuissants,
fuyants, égarés ou sans vie,
endormis ou indifférents,
tristes, affolés ou suppliants,
contemplatifs et insondables,
enjoués ou compatissants,
mais qui voient toujours l’improbable.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui est troublé par ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui a perdu son impudeur.
Elle se dénude avec décence,
dans la plus stricte intimité
et ne dévoile que son aisance
à aimer et à enfanter.
C’est une terre maòhi
qui se couvre de contre-jours
pour décliner à l’infini
tous les contrastes de l’amour.
Alors, les lèvres réservées
peuvent se tenir, rassurées
dans le vide et l’immensité
sans crainte de s’y égarer.
C’est une terre maòhi
veinée de rivières laiteuses,
serties de rochers gris sur gris
aux attitudes paresseuses
que caressent les corps tronqués
de femmes qui noient leurs secrets
et n’offrent que leur dos nacré
en pâture aux yeux indiscrets.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui éclate sous ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se recouvre à contrecœur
de la pénombre des nuages
et puis s’estompe, famélique,
pour supplier des dieux sans âge
de semer des peurs fantastiques.
C’est une terre de magie
qui force toujours le courage
à gonfler le cœur maòhi
pour résister à ses ravages,
contenir toute sa souffrance
dans la plus grande dignité
et résister à la violence
de sa propre réalité.
Oui, il en faut de la bravoure
pour ouvrir des yeux insondables,
dès qu’apparaît le petit jour,
sur des pensées inconcevables,
des songes nocturnes incroyables
et des mondes fantomatiques
qui pétrifient les corps de sable
dans des postures les plus tragiques.
Oui, il en faut de la vaillance
pour accepter la vérité
et repousser ses pestilences
pour arracher sa liberté
des crocs brillants du quotidien,
de la grisaille des pavés,
des désillusions des anciens
et des défaites du passé.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui convoite d’autres couleurs,
c’est une terre maòhi
qui ne rêve pas d’un ailleurs.
Elle a scellé si fort son âme
dans le cœur de tous ses enfants
qu’il suffirait d’un coup de rame
pour la pousser au firmament.
Quand toutes les générations
se rassemblent sur son écorce
unies par les mêmes passions,
quand les ethnies déplient leurs torses
pour entonner à l’unisson
un chant dédié à son esprit,
alors la terre sait qu’ils feront
de Tahiti un grand pays.
C’est une terre maòhi
qui ne rêve pas d’un ailleurs
car toute sa vie est ici.
Elle y a planté ses couleurs.
C’est une terre si ancestrale
qu’elle puise encore ses certitudes
à la source de ses eaux pâles
où fermente ses habitudes.
***
Tahiti n’est pas un pays
qui se lève vers ses couleurs,
mais quand tous ses enfants sourient,
les yeux éclatants de candeur,
alors la terre maòhi
sait qu’elle ne vit rien que pour eux,
qu’elle est leur âme et leur esprit
et qu’elle peut bien sécher ses yeux.
Tahiti n’est pas un pays
d’enchantement et de douceur,
c’est une terre maòhi
qui a les couleurs de son cœur.
Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, Poème sur des photos de Michel Chansin, Moorea, juillet 2001 - Au vent des îles
Commentaires
Ia'Orana Jean-Marc .
Magnifique poême .Quel talent!!!
Tu exprimes par des mots tellement d'expressions .Chaque phrase est une recherche de la réalité ,tout s'enchaîne magnifiquement avec justesse .A ta lecture toute l'histoire Polynésienne défile ,le passé, le présent, l'avenir (Au coeur du rêve Ma'ohi)
Mauruuru
Nana
Able