Pour la deuxième année consécutive, le Musée de Tahiti et des Îles a eu le
privilège d’accueillir les œuvres d’un collectif de 50 artistes originaires ou
non de Polynésie, vivants et travaillants temporairement ou totalement en terre
polynésienne. Une multitude de regards qui fait à la fois la force et l’unité
de l’exposition dédiée à l’art contemporain, brûlant au passage les oripeaux
d’un quelconque ethnocentrisme qu’il soit d’ici ou d’ailleurs. Seule concession
faite à la liberté de créer et à l’expression de sa vision : Accepter de
se rencontrer sur un thème qui puise dans le substrat culturel et spirituel
ma’ohi, mais qui n’est jamais totalement étranger à chaque artiste, quelle que
soit son origine culturelle et géographique. En témoignent les thèmes du tapu
en 2006 et du mana cette fois-ci qui ont permis à chaque artiste d’exprimer les
différences et les particularismes de sa personnalité, mais aussi de contribuer
à enrichir celle des autres et d’accroître notre sensibilité individuelle et
collective au divers.
Depuis quelques années, au gré des expositions consacrées à l’art contemporain,
un dialogue transculturel s’est instauré dans les oeuvres et dans les
consciences. Silencieux ou bruyant, coloré ou sombre, mouvant ou pétrifié, ce
dialogue des matières et des esprits n’en est pas moins constamment animé de
l’esprit de cette générosité qui consiste à donner ses œuvres au présent afin
que l’avenir puisse à son tour nous exprimer toute sa gratitude. Car si le but
de ces expositions organisées au Musée de Tahiti et des Îles n’est pas de
susciter un débat sur l’état de la culture ma’ohi, elles peuvent néanmoins y
contribuer. À contrario, l’art étant souvent le reflet ou l’expression d’autant
de quêtes qu’il y a d’artistes, c’est le débat permanent sur les cultures qui
suggère de solliciter les artistes pour apporter un éclairage aussi sensible
que détaché à la façon de combattre les idées reçues et les préjugés, ces
démons qui nous déforment la réalité et altèrent l’imagination, stigmatisent le
dogmatisme, distillent l’égoïsme et la suffisance dans nos cœurs.
Mes propos paraîtront à plus d’un totalement utopistes : en quoi les
artistes pourraient-ils repousser les bornes de notre conscience pour permettre
à notre humanité de rendre le meilleur d’elle-même? À chacun justement
d’interroger sa conscience et il y trouvera sa réponse. Que la Trans Pacific
Express ait réussi à fédérer autant d’artistes autour de ce rendez-vous
thématique dorénavant annuel est déjà une petite révolution culturelle et une
victoire insensée remportée sur le cloisonnement de l’art contemporain à
l’intérieur de notre fenua. D’autres reconquêtes viendront certainement avec le
temps. En attendant, je ne peux que vous inviter à « voir » avec
votre corps tout entier les œuvres réunies dans cet ouvrage légué à la
postérité.
Mana sera bientôt disponible chez les libraires de Tahiti.
Jean-Marc Pambrun
