L'écriturien

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 9 octobre 2009

Il a plu sur Hienghène

"Il a plu sur Hienghène" in Sillages d'Océanie : nouvelles & récits, poèmes, romans (extraits), théâtre, idées, Nouméa, Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie, 2009, pp. 193-195. sillages_2009_copy.jpg


Auteurs d’Océanie
Venus de Kanaky,
D’Hawaii, d’Australie,
Des terres Ma’ohi.

Il a plu sur Hienghène
Des auteurs phénomènes,
Dont les mots se promènent
Encore dans mes veines.


Approche ton oreille
Quand l’alizé s’éveille
Et chante sa rengaine
Sur les bords de Hienghène.

La mer bat le tambour,
Frappe les rochers lourds,
Fouette les coquillages
Et les sables sans âge.

La pluie sculpte la terre
Et pointille la mer,
Scarifie les pensées
Et pétrit les parlers.

Il a plu sur Hienghène
Des sons aborigènes,
Des musiques lointaines,
Et des rimes bien pleines.

Il a plu des accents
Étrangers indulgents,
Des contes enivrants,
Des versets insolents.

Il a plu des mémoires
Et des tranches d’histoire
Aux horizons sans fin
D’hier et de demain.

Il a plu des histoires
Exhumés des tiroirs,
Sortis des oubliettes,
Et des coeurs des poètes.


Approche ton oreille
Quand l’alizé s’éveille
Et chante sa rengaine
Sur les bords de Hienghène.

La mer bat le tambour,
Frappe les rochers lourds,
Fouette les coquillages
Et les sables sans âge.

La pluie sculpte la terre
Et pointille la mer,
Scarifie les pensées
Et pétrit les parlers.

Il a plu la parole
Qui tonne et caracole
Sur les pins colonnaires
Aux cimes centenaires.

Il a plu des éclairs
De noms vernaculaires
Riches et éclatants
Comme des fils d’argent.

Il a plu tant de lettres
De la bouche des êtres
Que la terre abreuvée
A enfin enfanté.

Il a plu des langages
D’amour et de partage
Des bonheurs et des peines
Des peuples indigènes.


Approche ton oreille
Quand l’alizé s’éveille
Et chante sa rengaine
Sur les bords de Hienghène.

La mer bat le tambour,
Frappe les rochers lourds,
Fouette les coquillages
Et les sables sans âge.

La pluie sculpte la terre
Et pointille la mer,
Scarifie les pensées
Et pétrit les parlers.

Il a plu des lectures
Extraites des ramures
De textes enracinés
Dans le roc inspiré.

Il a plu des Enfants
Migrateurs émouvants
Qui jouaient sous la pluie
Jusque tard dans la nuit.

Et quand le dieu igname
Eut rassasié les âmes,
Que le dernier slameur
Eut apaisé les coeurs,

Il a plu un soleil
Sur des aubes vermeilles,
Aussi plein que la lune
Couchée dans la nuit brune.


Approche ton oreille
Quand l’alizé s’éveille
Et que la pluie s’égrène
Sur les toits de Hienghène


© Jean-Marc Tera’ituatini PAMBRUN 29 octobre - 4 novembre 2007, SILO

mardi 2 septembre 2008

Ô ma Racine!

Ce sonnet a été écrit à l'occasion de la dernière "biennale de Moorea" du 30 août 2008. Pour en savoir plus sur les artistes, leurs oeuvres et leurs envolées au cours de cette journée mémorable, je vous invite à vous rendre sur l'excellent blog réalisé par notre ami Gotz dédié au Mana Art. Ce poème accompagne une encre de chine que je mettrai en ligne prochainement.

Ô ma Racine!


Ô racine! Toi qui tiens la terre entre tes mains,
Laisse-moi enlacer ton ventre raboteux
Et sucer le savoir préservé par tes noeuds
De nos origines et de notre destin.

Ô Racine! Toi qui tiens à bout de bras la terre,
Montre-moi le chemin suivi par tous les miens
Et les lieux dont ils sont devenus les gardiens,
Que je puisse honorer les hauts-faits de mes pères.

Ô Racine! Laisse-moi remonter vers leur souche,
Là où les premiers noms ont jailli de leur bouche
Pour fixer la mémoire des dieux ancestraux.

Racine! Ô ma Racine! Relie-nous dans ton lit,
Casse les frontières et panse tous nos maux.
Que jamais ta course ne succombe à l’oubli.


Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun – Pao Pao, le 30 août 2008

vendredi 20 juillet 2007

Invocation à Ta'aroa

Pourquoi avoir écrit La naissance de Havai'i m'a-t-on souvent demandé? J'ai donné plusieurs raisons. En voici une de plus - inédite - tournée en forme de poème écrit en 1999 alors que je dirigeais La Maison de la Culture. Les exégètes et critiques littéraires apprécieront. D'autant qu'à l'heure où un mouvement culturel réactionnaire crypto-chétien– le groupe Hiti Roa – prône la négation des autochtones ma'ohi pour les remplacer par une communauté informe d'origine yavhiste et me font penser à ces nouveaux marchands d'identité à propos desquels j'ai écrit un autre poème visible sur ce blog, il m'a paru utile d'affirmer que les croyances religieuses autochtones ne sont pas prêtes de s'éteindre.

Lire la suite...

vendredi 3 novembre 2006

Le regard des vaincus

À l'occasion de l'exposition consacrée à l'oeuvre photographique de Roger Parry qui ouvrira ses portes le 7 novembre prochain au Musée de Tahiti et des Iles, j'ai commis ce petit sonnet pour commenter l'une des ses photographies que malheureusement je ne reproduirai pas ici pour des questions de copyright. Issu du mouvement surréaliste, le photographe était passé à Tahiti et aux Iles-sous-le-Vent en 1932. Mais peut-être que le texte paraîtra suffisamment suggestif pour imaginer ce qu'il est censé représenter.

Lire la suite...

vendredi 22 juillet 2005

Sonnets à la Tradition

La compassion

Comme une veuve à tout jamais désespérée
De voir tous ses enfants à l’aveugle destin
S’éteindre ou errer vers un avenir sans tain,
La Tradition se meurt d’un chagrin éthéré.

Elle gémit à chaque assaut de l’égoïsme
Qui enlève à ses enfants les fruits du partage
Et les rejette à la mer dès leur plus jeune âge
Quand l’entraide succombe à l’individualisme.

Seul le pilon qui extrait l’amour de la Terre,
Recueilli tel un fils au chevet de sa mère,
Peut redonner à la Tradition tout son souffle.

Il suffit que la noblesse et la compassion
De l’âme d’un guerrier qu’aucun effort n’essouffle,
L’inspirent, pour hâter sa régénération.


Lire la suite...

vendredi 6 mai 2005

Marchands d’identité

Pourquoi dois-je devenir ce que je suis déjà
Pourquoi être ce que je suis déjà

On m’a dit autrefois que j’étais déraciné
Mais j’étais bien vivant
Mais j’étais parfaitement développé

Né d’un rejet
Né d’une racine
J’ai remonté cette racine

Lire la suite...

dimanche 17 avril 2005

Terre, ô ma terre

Terre, ô ma terre
Pourquoi abandonnes-tu tes enfants
Pourquoi les laisses-tu t’ignorer
Oublier ton nom, te vendre et te détruire

Terre, dis leur qui tu es et d’où tu viens
Enseigne leur ta fondation et ton histoire
Terre, dis leur tes paroles originelles
Montre leur tes signes et tes gardiens
Terre, récite leurs généalogies
Raconte les exploits de leurs héros

Terre, dis leur tout cela
Dis leur que c’est cela la tradition
Que tes paroles doivent être retransmises
Qu’elles doivent être exactes
Que la retransmission doit être fidèle

Lire la suite...

mardi 12 avril 2005

Mon enfant...

J’aime tant à te regarder
J’aime tant à te nommer
J’aime tant à t’enlacer
J’aime tant à t’embrasser

Quand je te contemple,
C’est la beauté du monde que je loue
Quand je te nomme,
C’est le mystère de l’univers que je chante
Quant je t’enlace,
C’est l’unité des peuples que j’étreins
Quand je t’embrasse,
C’est la paix de l’humanité que je salue

Avant toi, j’étais une coquille stérile
Je n’étais que pirogue à la dérive
Avant toi, j’étais un crâne creux
Je n’étais que pensée perdue
Avant toi, j’étais un corps affamé
je n’étais que ventre naufragé

Lire la suite...

mardi 15 février 2005

Au cœur du rêve ma'ohi

La tradition demeurera toujours présente
Comme une veuve à tout jamais inconsolable
De voir sa progéniture éteinte ou errante
Sans pouvoir faire le bien dont elle capable.

La pensée coloniale sûre de son Droit
A enfoui nos coutumes sous ses propres lois
Et laissé notre peuple orphelin et sans voix,
Forcé de se détourner de sa propre voie.

Le cœur du peuple est le lit de l’indépendance
Qui saura le remettra aux bons soins de sa mère
Pour qu’il batte et vibre au son des clameurs immenses
Qui s’élèveront de toutes parts sur la Terre.

Alors la tradition l’emplira à nouveau
De tout ce qui fait de son peuple le génie.
Ce grand événement viendra bien assez tôt ;
L’indépendance est au cœur du rêve ma'ohi.


Lire la suite...

mercredi 2 février 2005

C'est une terre ma'ohi...




Tahiti n’est pas un pays
qui se lève avec ses couleurs,
c’est une terre maòhi
qui se répand sur ses douleurs
en tranches épaisses de basalte
pour empêcher que son chagrin
ne vienne gronder sous l’asphalte
et y répandre son venin.
C’est une terre pathétique
qui se glisse sur ses blessures
comme un emplâtre volcanique
et comble toutes ses fractures
de pluies de lave de sang noir,
de crânes blanchis par le temps
pour mieux colmater sa mémoire
et jouir de l’instant présent.

Lire la suite...

- page 1 de 2