L'écriturien

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L'atoll

Lectures interpretatives d'ouvrages d'auteurs polynesiens.

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vendredi 24 juillet 2009

Masques d'encres, expressions pures de l'entre-deux mondes


1- Perception bilatérale du Monde : Iliens et Continentaux

Le cliché en noir et blanc affichant Horatio Robley, assis devant une toile sur laquelle sont pendues une trentaine de têtes humaines momifiées, a fait le tour du monde.

J’interprète cette photo avec tristesse face à la fatalité d’un monde ancestral dévidé, et je n’y peux rien. Les cultures îliennes du Pacifique sont des cultures émotives (par essence), simple conséquence de clashes coloniaux qui ont supprimé traditions païennes et transmission de « la mémoire ».
Mais ne vous méprenez pas sur la posture d’Horatio qui semble si fier devant cette collection (morbide) de têtes ancestrales. Horatio Robley n’est au fond qu’un homme de son époque, marié à une îlienne de Nouvelle Zélande, et qui vivait dans une ère où ces têtes étaient réduites à un commerce de valeur très prisé par les musées, il n’y a donc pas de « jugement de valeur » à faire sur cet homme, ou sur les autres.

Deux mondes frères, l’un îlien l’autre continental, dans l’Humanité, et pourtant tant de différences dans la façon de penser, de percevoir la vie : « Les sociétés indigènes considèrent souvent le corps comme quelque chose de sacré, non pas comme une simple masse de molécules »… « Cette différence de perception s’illustre pleinement avec les têtes Maori « ta moko » (tatouées) et le commerce développé à partir des Mokomai, ou ‘Têtes tatouées’ au début du 19ème siècle. »

2- La réconciliation entre le Divin et l’Humain

Egalement, dans l’écriture contemporaine polynésienne transparaît régulièrement des relations entre les mondes visibles et invisibles (« le rêve » est une façon d’atteindre le monde parallèle).

Ainsi, pour les Maori, le Moko (tatouage) prend racine dans une légende : un mortel du nom de Mataoro épouse la fille d’un Chef de l’autre monde (the « underworld »). Un jour, Mataoro bat sa femme, elle le quitte pour repartir vivre dans le royaume de son père ; Mataoro veut la retrouver et une fois « de l’autre côté », le père de son épouse lui enseignera l’art du tatouage : Mataoro conservera sur le visage le tatouage comme la cicatrice de ses mauvaises actions .

Le tatouage est l’expression pure de l’entre-deux mondes, c’est, comme l’écrivent Palmer & Tano « un signe de réconciliation entre le Divin et l’Humain ». Dans une étude psychologique sur l’impact du Moko dans les vies contemporaines des Maori, Mohi Rua conclue que « la signification du Moko est double, elle marque une transition »
« TA MOKO » en langue maori se traduit en tahitien par « Mo’o » (petits lézards, margouillats). Dans ce cas « Moko » signifie « tatouage » : le margouillat est un animal qui appartient symboliquement au monde magique, fantastique, présent dans les légendes, c’est un être de « l’entre deux mondes ». De nos jours, particulièrement à Tahiti, il n’est pas rare de voir le « Mo’o » tatoué sur les pieds ou les jambes des femmes.

3- Masques d’encre, tradition polynésienne : un esthétisme du symbole

Mokomakai, ou têtes « Ta Moko », sont des têtes tatouées, séchées, qui appartenaient à des guerriers ou des Chefs de tribus, des « Ari’i ». A ce jour, il ne reste qu’une seule tête de femme, elles étaient très rares : « Il existe des exemples dans l’histoire, dans le tatouage facial traditionnel qui n’appartenait qu’aux femmes de rang social élevé (Starzecka 1996 :47). Ces femmes étaient considérées au même niveau que les chefs… elles étaient symboliquement des hommes et ne se mariaient que très rarement. »

La tradition dit que les Têtes Ta Moko portaient toute une histoire sur la peau : dans certains cas, la symétrie est essentielle. Le front porte les exploits, les côtés gauche ou droit portent la généalogie ou « Whakapapa », etc. : l’information sur la lignée, la tribu, le rang social, les exploits…

Aujourd’hui, Rihari, qui a entre 25 & 35 ans, porte un Moko au visage : il explique à Mohi Rua que « Le moko (nez & bouche) représente son lien à sa femme et ses enfants. Le « rae » (front) reflète son évolution en tant qu’être dans le monde Maori. Les côtés gauche & droit représentent ses lignées généalogiques. »

En 1986, Simmons identifie la symétrie des tatouages ainsi :

1. Ngakaipikirau, rang (centre front) 2. Ngunga, place dans la vie (front) 3. Uirere, likes of rand by hapu (tribu) (yeux) 4. Uma, 1er ou 2ème mariage (tempes) 5. Raurau, signature (nez) 6. Taiohou, travail (joues) 7. Wairura, mana (autorité spirituelle) (menton) 8. Taitoto, position à la naissance (mâchoire)

Ainsi tatouage & rang social sont intrinsèques, comme c’est finalement le cas aujourd’hui : le tatouage n’est certes pas donné sur la bravoure de la personne mais en échange d’argent (on peut se dire alors que la frontière entre vanité et identité est floutée dans notre monde…)

Le procédé du tatouage était une étape tapu/ sacrée : personne ne pouvait toucher l’homme qui devait s’abstenir de relations sexuelles & qui ne devait pas non plus se laver ; on lui donnait à manger de façon à ce qu’il n’y ait aucun contact physique. Un fare était construit spécialement à cet effet du cérémonial et le sang était lui-même sacré .

« 
Il y avait deux méthodes pour créer le Moko : dans un cas, on écartait la chair et on plaçait l’encre dans la coupure, le résultat donnait les lignes noires et marquées dans la peau. L’autre cas était plus généralisé en Polynésie, il s’agissait d’insérer le pigment sous la peau à l’aide d’un peigne aux dents aiguisées (Gell 1993 : 246-7), cet outil s’appelle le Uhi »

Lorsqu’il mourait, la famille conservait sa tête, et sa mémoire restait parmi eux : la présence de la tête rappelait constamment la force et le rang de l’être défunt.

La tête tatouée/ Ta Moko heads était la conservation d’une Mémoire.

Lorsque les colons anglo-saxons ont découvert ces têtes momifiées, leurs réactions étaient à la fois du dégoût et de la curiosité, une curiosité nourrie par le mythe de l’exotisme et du « bon sauvage ». Inévitablement ces têtes momifiées & tatouées furent rapidement exploitées par les musées occidentaux.

4- Vendre la culture, c’est la travestir

Le commerce des têtes tatouées a commencé au début du 19ème siècle. A cause de conflits de territoires et de guerres intestines, certains Maori avaient besoin d’armes. Ces armes, ils les obtenaient en échangeant les têtes sacrées tatouées et momifiées, qui avaient beaucoup de succès auprès des étrangers. En fait, tout a commencé à cause d’ambitions territoriales, qui ont fait oublié aux îliens la part sacré, tapu, de leur culture incarnée dans ces têtes tatouées.

Il arriva ce qui arrive à toutes les cultures qui deviennent pur folklore et qui sont commercialisées : elles sont travesties et perdent tout leur sens.

Pour avoir plus d’armes, parce que les hommes n’ont jamais assez d’armes, certains Maori tuaient des esclaves, les tatouaient, et vendaient les têtes. Le mana/ pouvoir contenu dans le tatouage était perdu à jamais. Ces tatouages n’avaient plus de sens, mais peu importe… Hongi fut un de ces chefs Maori qui se convertit au christianisme et le trafic de tête débuta essentiellement depuis sa conversion.

5- Paroxysme du travestissement

Ça devint un commerce hors proportions, au point que les Polynésiens tatoués allaient se cacher de peur d’être trahi, tué, par un des leurs, c’est ainsi que le rituel TA MOKO s’effaçait progressivement. « Quand les commerçants quittaient les lieux, des membres de la famille attaquaient et tuaient l’homme tatoué, coupaient les membres tatoués (mains) et les séchaient… » (Robley 1998 :178)

L’horreur du commerce avait atteint son paroxysme : le commerçant, dans certains cas, choisissait lui-même un esclave, qui était tué pour être ensuite tatoué et momifié.

6- Les années 1970 marquent la Renaissance culturelle Maori

La tradition du Moko a survécu essentiellement grâce aux femmes âgées qui vivaient dans des zones éloignées l’île.

Un Maori a fait le choix du tatouage facial, c’est un changement de vie radical : (« Le Moko transforme celui qui le porte, définit son identité, chaque Moko est aussi unique qu’une emprunte de doigt » )

- Pour des raisons pratiques (trouver un travail, avoir une vie sociale dans la « normalité »)

- Pour des raisons psychologiques. Cela dépend du tatouage que tu portes au visage : ça peut être un masque d’encre camouflant ton visage, ou une dentelle d’encre qui permet d’identifier le visage.

Meredith Collins est une jeune femme qui a perdu toute connexion avec sa culture ancestrale- comme nombre d’entre nous. Le Moko sur son menton est une façon de conserver une trace d’un passé oublié sur son visage pâle. Le tatouage au menton de la femme n’est pas une particularité polynésienne, je me souviens de ce que disait Assia Djebar citant elle-même une femme kabyle : « Le tatouage que j’ai au menton vaut la barbe de tous les hommes »

Aujourd’hui, regarder un tatouage facial, c’est avoir un bouclier en face de soi : impressionnant, on peut avoir soit de l’appréhension, de la peur, surtout lorsqu’on est de culture occidentale.

Aujourd’hui, les visages tatoués sont hâtivement interprétés comme de l’activisme identitaire ethnique, Maori. Cependant les motifs diffèrent, comme les comportements. « Avant de porter mon tatouage, je n’étais pas une personne humble » dit Newaru. Son Moko a réveillé en lui la conscience du sacré, du « Mana ».

« Les médias nous font passer pour des voyous » dit Tio, interrogé par Mohi Rua.

L’homme au visage tatoué porte une lourde responsabilité : « Etre jeune et porter un Moko… Les gens attendent beaucoup de moi » dit Newaru. Il a sur lui, en lui, une tradition ancestrale qu’il ne peut pas bafouer par un comportement irresponsable. Il se doit d’être droit, honnête, courageux, sinon quoi il contribuerait à la dégradation spirituelle de la tradition des ancêtres. C’est là que nous devons nous rappeler la légende de Mataoro : « de façon pratique, le Moko… est un gardien contre les mauvaises actions » (Palmer & Tano)

7- Le tatouage, patrimoine matériel ou immatériel ?

Le 29 juin 2009, le sénateur polynésien Richard Tuheiava a défendu un projet au Sénat, soumis par la sénatrice Mme Catherine Morin-Desailly, qui proposait la restitution des têtes tatouées aux Maori.
Après plus d’un siècle d’errance dans les musées occidentaux, ces têtes momifiées vont retourner sur leur île. Le débat sur la réappropriation des objets d’exposition ressurgit. Mais enfin, la solidarité polynésienne qu’elle soit francophone ou anglo-saxonne, ressort comme une richesse immatérielle. Il en est ainsi des sentiments que peut éprouver tout Polynésien à l’égard de ce qui a appartenu aux ancêtres, à un passé détaché de l’Histoire. On finit toujours par retourner à sa terre, et c’est le fin mot de cette histoire.

Bibliographie:

Heather Buttle in « Maori facial tattoo (Ta Moko): implications for face recognition process”, Massey University, New Zealand

Mohi RUA « Contemporary attitudes to Traditional Facial Ta Moko : A Working Paper » in Maori and psychology: research and practice – The proceedings of a symposium sponsored by the Maori & Psychology Research Unit. Hamilton: Maori & Psychology Research Unit.

Christian Palmer & Mervyn L Tano: « Mokomokai : Commercialization and Desacralization », International Institute for Indigenous Resource Management, Denver, Colorado.

mercredi 30 juillet 2008

"Mon pays est né de Dieu"

Mon pays est né de Dieu, ce n’est pourtant pas le paradis

Le duvet du Roi des Cieux, y compresse toutes les envies

La pluie farine sur le bitume, peaux d’oranges et mangues vertes

Tous les espoirs de gloire s’embrument, enfants, palpez du rêve à perte.


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lundi 21 avril 2008

Tahu’a, Tohunga, Kahuna (de Simone Grand)

Ce livre est une biopsie du pô : Un voyage dans le pô qui nous ouvre les yeux sur nous-mêmes (Polynésiens). Il se conclue sur deux faits divers qui nous mènent dans un cul-de-sac, (le dernier est difficile à suivre). L’objectif de l’auteur est de comparer le traitement de la médecine traditionnelle à la médecine officielle, mais comme l’indique le titre de l’ouvrage, cette étude comparative approche les façons dont les médecines traditionnelles sont considérées dans les autres zones pacifiques que la nôtre (Hawai’i, NZ,…) et même au-delà (Alaska).

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vendredi 25 janvier 2008

MWA VEE, Revue Culturelle Kanak: Le Mana veille sur la Culture Polynésienne

Mwa-Vee-n_-58.jpgLe numéro double spécial 58-59 de la revue Kanak Mwà Véé se consacre à notre Culture polynésienne, tout un éventail de personnalités locales s'y exprime. Ce numéro constitue la première opération concrète inscrite dans le cadre de la convention de coopération qui lie l'ADCK- Centre culturel Tjibaou ( www.adck.nc) et le Musée de Tahiti et des Iles, Te Fare Manaha.
L'éditorial de Gérard Del Rio met en avant ces liens, presque "familiaux", qui relient la Nouvelle Calédonie à la Polynésie française. C'est grâce à la bonne volonté des femmes et des hommes, comme le directeur du Musée de Tahiti et des Iles Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, que nos Iles se rejoignent sur la seule terre qui rassemble les îliens du Pacifique: la terre de la Culture.

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mardi 18 décembre 2007

Revue de l'ouvrage : "Francis Puara Cowan - le maître de la pirogue polynésienne"

Ce dernier ouvrage écrit par Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun dépareille à nouveau dans la liste de ses précédentes parutions. Ecrit à la première personne, le « je » n’est, cette fois, ni fictif ni Pambrun, ni politique ni réflexif ; l’écrivain s’efface pour jouer le rôle de transcripteur, de messager. L’écrivain se courbe face au navigateur polynésien, roi de son domaine, qui a « l’intelligence de son milieu » pour ne citer que Kersauzon.

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jeudi 21 septembre 2006

Le corps humain, c’est le corps social - Un article de Stéphanie Ariirau

Ton corps c’est ton pays (1) est une phrase que l’on retrouve à plusieurs reprises dans Matamimi et dans Je reviendrai à Tahiti (2). Elle signifie que l’être n’a d’autre identité que Soi, elle signifie que l’universalisme est la seule valeur nationale qui vaut la peine d’être combattue. Elle est à la fois la volonté profonde d’être libre des autres, de n’appartenir à personne et de délimiter son ‘territoire’ à la seule valeur sûre : celle du corps. Le corps n’appartient pas ‘au pays’, puisqu’il est un pays à lui seul. Il s’agit de déconstruire les hyper nationalismes sous-jacents, identitaires et sectaires qui pourraient finir par scléroser la littérature post-coloniale insulaire. Mais aussi Ton corps c’est ton pays, ton pays c’est ton corps c’est une volonté de décomplexer le personnage femme insulaire, c’est un message de liberté.

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samedi 28 janvier 2006

L' Implosion

... Une entité farfelue vit sur une terre flottante de quelques milliers de mètres carrés. Depuis quelques temps des phénomènes d'implosion touchent les insulaires, une forme de terrorisme interne à leur organisme. L'entité farfelue, échappera-t-elle à ce phénomène...

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jeudi 11 août 2005

Theorizing Francophony: Marginalisation of Francophone Polynesian Writers on the Literary Scene

Abstract:
Authors: JMT Pambrun, Chantal Spitz, (Polynesian francophone writers), Cesaire, Fanon / Critics: Françoise Lionnet.
Article presente le 16 janvier 2005 a la conference internationale universitaire d'Hawaii, Oahu.

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mercredi 10 août 2005

''la nuit des bouches bleues'' de JMT Pambrun : En filigrane du discours dialogique, définition d’une littérature francopolynésienne Mosaïquée

(III) Du theatre erotique du XVIIIeme au theatre de la transcendance de Pambrun: la fusion des cultures et le metissage des peuples.
La performance théâtrale n’est pas, non plus, un concept nouveau en Polynésie. Lorsque Bougainville a aperçu, pour la première fois, la silhouette de l’île de Tahiti, les premiers mots qu’il lui sont venus à l’esprit furent ‘un amphithéâtre’ merveilleux. Christopher Balme, dans un article remarquable, révèle que les premières descriptions européennes assimilent les spectacles tahitiens à de véritables pièces de théâtre.

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''La nuit des bouches bleues'' de JMT Pambrun : En filigrane du discours dialogique, définition d’une littérature francopolynésienne Mosaïquée

(II) Universalisme & humanite: Rua Tini et la Fee de l'Eau.
Comme c’est le contraste qui fait la mosaïque, les deux entités humaines, ou plutôt les deux ‘esprits’ de la pièce sont divisés eux aussi par leurs caractères, leurs opinions, mais se rejoignent dans une mémoire collective et un passé douloureux.

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