
Dans la plupart des sociétés polynésiennes, notamment à Tahiti, en
Nouvelle-Zélande et à Hawaii, certaines divinités étaient liées à la fois à la
fertilité et à la guerre : ‘Oro à Tahiti, Tu chez les Maoris, Ku à Hawaii,
considéré comme le dieu des chefs et des armées. D’une façon générale, on
s’accorde à penser que les divinités guerrières ont fini par supplanter les
figures traditionnellement consacrées aux rituels de fertilité et aux
cérémonies guerrières. Sauf à Mangareva, et à Tonga, où le rituel est resté
centré sur le traitement de la productivité et du pourvoi des récoltes. Ainsi
en est-il de Tu qui, contrairement à Hawaii et en Nouvelle- Zélande, fut le
premier dieu chargé exclusivement de la fertilité. D’autres divinités
mangaréviennes, dont notamment Rongo et Rao, étaient vouées au culte des
plantes, dont certaines, comme le curcuma (Curcuma longa),
Curcuma,
rega, Curcuma longa.
communément appelé safran des Indes ou turmeric en anglais, leur sont communes. Rongo était le dieu de la brume et de la pluie, protecteur des récoltes, tout comme en Nouvelle-Zélande ou à Hawaï. Rao, quant à lui, était plus particulièrement dédié au culte du curcuma. Ces divinités étaient représentées métaphoriquement par trois types de statuette que l’on exhibait lors de cérémonies particulières et selon des rites précis.



Cet article a été publié dans le Dixit
de la Polynésie en 2001. Danss un contexte trouble d'émergence de la
littérature polynésienne de ce début de siècle, ce qui explique que certains
passages pourront paraître aux connaisseurs lègèrement anachroniques et sans
doute même excessifs. En effet, depuis l'apparition de nouveaux auteurs comme
Titaua Peu (Mutismes, Éditions Haere po, 2003), la tenue de trois
salons du livre consécutifs à Papeete et l'activité de l'association des
écrivains polynésiens présidée par Flora Devatine, la situation a quelque peu
évolué. Est-ce-à dire qu'il faut s'en contenter et se dire que tout va bien
dans le meilleur des mondes de la littérature polynésienne? Certainement pas :
les écrivains polynésiens sont loin d'avoir toute la reconnaissance à laquelle
ils devraient avoir droit pour la contribution majeure qu'ils apportent à la
conscience polynésienne et sont tout aussi loin de pouvoir vivre de leur
activité. Compte tenu de cet avertissement, il restera au lecteur de se faire
sa propre opinion sur l'écrit que je livre ici.